Blogue-au-thon II

Mon oncle Gervais

Le souvenir le plus lointain que j’ai de mon oncle Gervais remonte au party des Tremblay de décembre 1985. J’étais en troisième année du primaire, âgé de neuf ans, membre des scouts de Saint-Honoré pour cette seule année, rare Nordique dans une classe qui prenait pour le Canadien à outrance et qui allait le démontrer fortement quelques mois plus tard, quand la Sainte-Flanelle allait remporter sa 23e Coupe Stanley, entre deux nuages radioactifs libérés par les restes de la centrale de Tchernobyl.
Mais ce jour de décembre là, les Nordiques avaient plus de points au classement que le Canadien et la centrale de Tchernobyl roulait normalement dans l’anonymat le plus total. Au Chalet des loisirs de Falardeau – maintenant Salle des Chevaliers de Colomb – se déroulait le traditionnel party des Tremblay (du côté de mon père, car ma mère aussi est une Tremblay). C’était un party spécial, puisque c’était le dernier dans lequel on a vu mon grand-père Paul Tremblay – surnommé Grand Paul en raison de sa stature – avant son décès, qui allait survenir au printemps suivant. C’était aussi un party qui allait être filmé, car le chum de ma tante Johanne, qui se prénommait Gervais, avait amené une caméra, devant laquelle je me suis prêté à quelques cabrioles qui m’ont gêné, quelques semaines plus tard chez mon oncle Bruno, lorsque mon oncle Gervais nous a présenté le résultat final sur cassette VHS.
Dieu merci, cette cassette s’est sans doute fait enregistrer un épisode d’un téléroman quelconque par-dessus avant de disparaître là où on ne sait trop et où l’on est mieux de ne pas savoir, pour le bien de l’Humanité et pour la réputation publique de l’auteur de ces lignes, qui n’aurait pas aimé voir le tout atterrir sur YouTube.
Mon oncle Gervais et ma tante Johanne ont eu une première fille, prénommée Sabrina, en janvier 1987, quelques mois avant que ma sœur Justine vienne au monde. Avec deux cousines du même âge qui aimaient bien se voir et jouer ensemble, cela faisait en sorte que nos familles se sont souvent vues pendant une longue période.
Autre souvenir lointain, cette fois-ci remontant à janvier 1989. C’était la fête à Sabrina et nous étions venus voir sa jeune sœur Vanessa, née peu de temps avant ce dimanche après-midi. Je me souviens de ce dimanche, car nous avons pu regarder, via satellite, un match de hockey de la LNH en anglais, où les Penguins de Pittsburgh menés par Mario Lemieux avaient infligé une raclée aux Rangers de New York. Ça faisait changement des matchs du samedi soir du Canadien à CKRS-Télé, des Nordiques qui perdaient à TQS bien plus souvent qu’ils ne gagnaient et des rencontres hebdomadaires du Canadien à TVA, que l’on regardait peu, puisqu’il neigeait à cette antenne en hiver comme en été.
Un autre souvenir me remonte à l’esprit, qui remonte à la fin du mois de juin 1993. Le Canadien venait de gagner une autre Coupe Stanley, et c’était quelques jours avant que mon oncle Jean, mari de ma tante Ginette, ne meure d’un foudroyant cancer. Mais l’atmosphère était légère en ce beau dimanche après-midi d’été, puisque toute la petite famille était venue chez nous, dans le rang 2. Mon oncle, ma tante, Sabrina, Vanessa, le petit Étienne né deux ans plus tôt, et la petite Arianne, qui venait tout juste d’arriver parmi nous. Nous avions goûté une bière que Labatt venait de lancer à grands coups de publicité, un ramassis de pisses de houblon nommé Wildcat qui n’a pas vraiment fait l’unanimité chez ceux qui y ont goûté chez nous ce jour-là.
Un dernier souvenir, plus récent cette fois-ci, en juin 2012, lors du mariage de Vanessa avec son mari Mathieu. Je n’ai pas assisté à la cérémonie, puisque j’arrivais de Montréal pour une semaine de vacances. Je suis cependant arrivé juste à temps pour le souper et la fête, au Club nautique de Chicoutimi, juste au bord du Saguenay. Une belle soirée de début d’été où l’air saguenéen faisait bon aux poumons et au moral. Une soirée parfaite où tout le monde avait le sourire aux lèvres, surtout mon oncle Gervais, fier de marier une de ses filles et de voir arriver ici-bas ses premiers petits-enfants.
C’était avant que le cancer ne s’invite à la fête. Le maudit cancer, ce crabe de malheur sans sentiment qui opère méthodiquement, froidement, en prenant son temps s’il en a envie ou de façon fulgurante s’il le désire. Mon oncle Gervais a eu à combattre cette cochonnerie au cours des dernières semaines et, après avoir combattu du mieux qu’il a pu, il nous a quittés au cours des premières heures de ce 16 octobre 2014. Il était entouré de tous ceux qu’il aimait et qui l’ont aimé jusqu’à la toute fin, l’accompagnant en sérénité vers son triste destin. Il me laisse le souvenir d’un homme toujours jovial, très recevant, avec qui il était toujours agréable de prendre une bière et d’avoir une bonne conversation. Un homme droit, intègre et fier. Avec son épouse Johanne, il a fondé une belle famille toujours fière et unie sur qui il a déjà sans doute déjà commencé à veiller dans les premiers instants qui ont suivi son départ.
Je ne pourrai être présent ni à l’exposition de la dépouille ni aux funérailles. Mais je ne pouvais pas écrire aujourd’hui sans avoir une pensée pour cet oncle qui me laisse un bon souvenir.

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