Blogue au thon

Mon oncle Bruno

C’était le 20 août 1990. Ce jour-là, il faisait un beau soleil, une vraie belle journée d’été comme on les aime, le genre de journée dont on doit profiter quand on est écolier, car on sait que c’est l’une des dernières journées des vacances estivales. C’était un lundi.
La journée d’avant, c’était les finales de la saison de balle lente. Je ne me souviens plus si c’était mon équipe qui avait gagné ou une autre, mais toujours est-il qu’il faisait beau aussi ce jour-là, que Falardeau au grand complet était venu voir jouer ses enfants dans ce tournoi qui couronnait un été de balle lente qui s’est terminé dans la fête, le Pepsi et le Poulet Frit Kentucky, amenés en provenance de Chicoutimi par le mémorable Suburban du dentiste Munger.
Pendant que mon équipe jouait la finale, mon oncle Bruno était venu nous voir pour nous saluer et nous encourager, moi et mes coéquipiers. Sans le savoir, c’était la dernière fois que je le voyais vivant, puisque j’apprenais sa mort 24 heures plus tard.
Tout comme mon père, mon oncle Bruno était travailleur forestier. Même s’ils pratiquaient le même métier, ils ne travaillaient pas ensemble. Mon père travaillait à l’époque avec son frère Napoléon dans la Réserve faunique des Laurentides, dans le secteur du mont Apica, alors que mon oncle Bruno travaillait au nord de Saint-Thomas-Didyme, petite localité située au nord-ouest du lac Saint-Jean, au nord de la ville de Normandin.
Tôt le lundi matin, les bûcherons reviennent au boulot après la fin de semaine de congé. Peu après avoir commencé sa journée de travail, en exécutant une manœuvre de routine, mon oncle Bruno s’est donné accidentellement un coup de scie mécanique sur la jambe gauche qui lui a sectionné un vaisseau sanguin important, provoquant une grave hémorragie qui l’a entraîné rapidement et tragiquement dans la mort, devant des collègues de travail impuissants.
Bien que le drame se soit joué en matinée, ce n’est que vers l’heure du souper que nous en avons été informés, par téléphone via ma tante Johanne. Ma mère a eu ensuite à annoncer la terrible nouvelle à mon père, qui est aussitôt rentré du mont Apica le soir même en compagnie de son autre frère Napoléon.
Quand j’ai appris la nouvelle, c’est comme si un coup de tonnerre et un tremblement de terre avaient frappé simultanément. J’en tremble encore aujourd’hui, quand j’y pense! Un tsunami venait de frapper, et la vie de plein de gens que j’aimais venait de changer cruellement de façon irréversible. J’ai tout de suite pensé à mes cousines Isabelle et Caroline et à mon cousin Kevin, à qui la vie venait de leur arracher leur père, et à ma tante Christiane, qui perdait son mari.
Mon oncle Bruno était un homme fier qui aimait beaucoup les enfants. Je me souviens qu’il aimait bien me jouer des tours, car il avait le même côté cabotin que mon papa. Mon oncle Bruno était d’ailleurs un mononcle très populaire auprès de tous ses neveux et nièces, autant dans sa famille que dans sa belle famille.
Je me souviens aussi que c’était un grand sportif, doté d’une force herculéenne, très doué au baseball, à la balle lente, au ballon-balai et au hockey, même que les Saguenéens de Chicoutimi lui auraient fait de l’œil à une certaine époque…
C’était aussi un oncle passionné par la nature et le plein air. Le printemps et l’été, il aimait bien venir taquiner la petite truite au ruisseau derrière chez moi, ce même cours d’eau qui passe proche de la résidence du fond du rang 2 dans laquelle il a grandi et dans laquelle demeure maintenant son frère Napoléon.
L’automne venu, c’était la chasse qui animait Bruno. Je me souviens d’être allé chez lui pour débiter un orignal qu’il avait tué. L’ambiance était toujours à la fête lors de ces occasions. La bière coulait à flots et le steak d’orignal, délicieux comme toujours! C’est d’ailleurs une passion qu’il a eu le temps de transmettre à ses enfants, eux aussi des chasseurs accomplis qui comptent les jours sur le calendrier dès qu’ils sentent que l’automne approche! Et quand ils ont tué leur orignal, ils affichent la même joie que leur paternel, qui aimait bien parader dans le village avec son Ford F-150 endimanché du panache du gros « buck » qu’il avait abattu.
C’est un oncle qui, malgré la brièveté de son séjour parmi nous, a su laisser souvenir positif qui permet d’apaiser la douleur que cause encore son départ tragique, même après presque un quart de siècle. Et tous les 20 août, on se souvient de lui presque comme s’il n’était jamais parti.

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3 réflexions au sujet de “Mon oncle Bruno”

  1. et oui aujourd hui le 20 août est graver dans mon coeur pour toujours et la blessure est toujours présente mais ils ma laisser de beaux enfants que j adore merci pour ce témoignage

    1. Jean quel beaux témoignages tu sais Bruno est mort dans les bras à Harold ca ne s`oublies jamais et jamais on oubliera ce drame Lorraine

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