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Les désastres les plus meurtriers au Québec depuis 50 ans racontés… Partie 1

On se souviendra tous du 6 juillet 2013. On se souviendra tous de ce qu’on faisait quand on a su le drame qui se déroulait à Lac-Mégantic. Je m’en souviendrai toute ma vie, comme tout le monde. J’ai su ce drame peu avant neuf heures du matin, en ouvrant ma radio. Dès qu’il me fut possible de me faire une idée de ce drame, je savais tout de suite que celui-ci serait hors-proportion, une catastrophe historique, d’une ampleur comme on n’en rencontre que très peu au Québec, du genre qui hantera la mémoire collective pendant des générations.

Voici un rappel d’autres de ces dates semblables depuis le dernier demi-siècle où l’histoire s’est écrite avec fracas avec les crayons de la mort et de l’horreur.

 

13 octobre 1997 et 2 juin 1974 : Accidents d’autobus aux Éboulements.

 

La région de Charlevoix est parmi l’une des plus belles régions du Québec. Hiver comme été, printemps comme automne, les gens viennent de partout pour y voir son panorama unique. Charlevoix est une région au relief accidenté et à la géologie active. La terre y tremble d’ailleurs assez souvent. Même si la très grande majorité des séismes enregistrés ne sont captés que par des instruments spécialisés, il arrive parfois que l’un d’eux se fasse ressentir, heureusement sans faire de dégâts la très grande majorité du temps. Mais il arrive occasionnellement qu’un de ces séismes soit assez puissant pour causer des dégâts considérables et pour changer la géographie des environs. En février 1663, une secousse de magnitude estimée à 7 sur l’échelle de Richter provoque l’effondrement dans le fleuve Saint-Laurent d’une petite montagne. Les Européens sont arrivés peu après et s’établirent en ce lieu qui porte le nom des Éboulements, en mémoire de ce fait géologique.

 

Pas loin de cet endroit se trouve une magnifique île qui n’est accessible que par traversier : l’Île-aux-Coudres. Pour rejoindre le traversier, les automobilistes se doivent de descendre une côte bien typique de celles que l’on rencontre dans cette région du Québec. Longue et escarpée, la fameuse côte des Éboulements a été le théâtre d’un premier accident le 2 juin 1974, alors qu’un autobus scolaire en provenance de La Tuque a plongé dans un ravin. 44 personnes étaient à bord, 14 d’entre elles en sont mortes. Cet accident était déjà bien loin dans la mémoire des gens en ce lundi 13 octobre 1997. C’est l’Action de Grâces et il règne une température digne d’un été qui ne veut rien savoir de s’en aller, malgré la rougeur des feuilles d’érable qui témoignent d’un automne qui est bien implanté, malgré tout.

 

Ce matin-là, 47 personnes de Saint-Bernard-de-Beauce sont en route vers l’Île-aux-Coudres. En début d’après-midi, ils sont presque à destination. Leur conducteur, André Desruisseaux, engage son autocar en haut de la fameuse côte. En plus d’être abrupte, elle est sinueuse et se termine par un virage serré vers la droite. Alors que son autobus descend, il tente d’en ralentir l’accélération provoquée par la masse lourde de son engin. Il tente de freiner mais en est incapable. Il tente le tout pour le tout pour reprendre contrôle de son véhicule afin de pouvoir négocier en sécurité la courbe serrée qui l’attend au bas de la côte. Des piétons dans la côte voient passer l’autobus à vive allure devant eux et, quelques minutes après avoir descendu la côte, aperçoivent un trou à travers le garde-fou. Une odeur de brûlé et un silence de mort règnent. Peu de temps après, la carcasse de l’autobus conduit par André Desruisseaux est retrouvée gisant à côté de la voie ferré, au fond du ravin, dix mètres plus bas. 43 personnes sont mortes sur le coup, incluant le conducteur. Cinq blessés très graves sont transportés de toute urgence vers les hôpitaux de Québec. L’un d’entre eux est mort un mois après le désastre. Une enquête publique révéla que l’accident avait été causé par un problème de frein sur un autobus mal entretenu, puisque les freins d’une seule roue étaient fonctionnels. C’est le pire accident de la route de l’histoire canadienne.

 

16 juillet 1993 : Accident à Lac-Bouchette.

 

C’est le vendredi du début des vacances de la construction. À chaque année, les deux dernières semaines de juillet sont prises par un grand nombre de Québécois pour leurs vacances annuelles. Mais pour d’autres, ce sont déjà les vacances. Des personnes âgées sont parties de Verchères et de Contrecoeur pour aller faire un petit pèlerinage à l’Ermitage Saint-Antoine, dans le petit village de Lac-Bouchette, situé au Lac Saint-Jean. En cet après-midi du 16 juillet, c’est le temps de rentrer au bercail.

 

C’est aussi le début de la fin de semaine pour deux travailleurs forestiers de Lac-Bouchette, qui reviennent du bois au volant d’une camionnette qui transporte avec elle une caravane transportant des réservoirs pleins de diesel. La route 155 part de Chambord, sur le bord du Lac Saint-Jean et file vers Shawinigan et Trois-Rivières en passant par la ville de La Tuque. C’est sur cette route que le minibus transportant les pèlerins de Verchères et de Contrecoeur ainsi que les bûcherons de Lac-Bouchette voyageront dans des directions opposées. Mais au moment où les deux se croiseront, la lourdeur de la caravane transportée par les bûcherons leur fera perdre le contrôle de leur camionnette, qui alla ensuite percuter de plein fouet le minibus. Le combustible dans la caravane s’enflamma et l’incendie se répandit presque immédiatement sur l’ensemble des deux véhicules impliqués dans la collision. Des automobilistes témoins de la scène se sont arrêtés et se sont vite avérés impuissants devant l’intensité du brasier. Malgré tout, deux blessés ont pu être rescapés du minibus. L’un d’entre eux est toutefois mort dans les jours qui a suivi ce désastre, qui fit un total de vingt victimes.

 

1er janvier 1980 : Incendie à Chapais.

 

C’est un rituel propre à chaque année. Quand le 1er janvier arrive, on commence à fêter pendant les dernières heures du 31 décembre et quand minuit sonne, la fête continue jusqu’aux premières petites heures de la nouvelle année. En ce 31 décembre 1979, on se prépare non seulement à fêter l’arrivée d’une nouvelle année, mais aussi celle d’une nouvelle décennie.

 

À Chapais, on a fait les choses en grand pour le temps des fêtes. On avait installé une gigantesque couronne de sapin dans la salle Opemiska, endroit où les gens de la place aiment se réunir pour faire la fête. Il y avait beaucoup de monde pour cette fête de la nouvelle année dans ce petit village où tout le monde (ou presque) se connaît. Il y a même du monde qui vient de Chibougamau, cette petite ville pas trop loin, à même pas 40 minutes de route de Chapais.

 

La fête va bon train et la nouvelle année n’est vieille d’à peine une heure et demi lorsqu’un jeune fêtard du nom de Florent Cantin décide, en blague, d’allumer avec son briquet un petit bout de l’immense couronne de sapin. Le feu prend aussitôt mais Cantin éteint sans que personne ne s’en rende compte. Fier de son coup, il récidive. L’histoire se répète, Cantin éteint de nouveau et rien ne perturbe la fête. Cantin décide alors de récidiver encore une fois. Il ne s’en fait pas trop avec le fait que les branches d’arbre, installées depuis presque un mois, soient extrêmement sèches, ce qui les rend très inflammables. Après tout, si le feu prend, il n’a qu’à faire lors des deux tentatives précédentes : éteindre aussitôt. Alors Cantin allume son briquet, toujours dans le même but d’amuser les fêtards qui le regardent faire. Le feu prend, mais cette fois-ci la tournure est différente. Le feu devient vite incontrôlable, si bien qu’il s’étend sur l’ensemble de la couronne. Les gens présents à la fête sont émerveillés. Ils pensent qu’il s’agit d’un effet pyrotechnique utilisé pour agrémenter davantage cette fête qui se déroulait déjà très bien. Mais dès qu’ils ont constaté que le feu et la fumée s’étendaient à grande vitesse aux murs et à l’ensemble du bâtiment, ils ont bien vu que ce n’était pas le cas. Bien vite, la seule sortie de secours de la salle est devenue bondée. Devant l’urgence de la situation, les gens se sont agglutinés à la sortie pendant que les pompiers arrivaient pour combattre le brasier. Il fallait faire vite pour se frayer un chemin jusqu’à l’air libre, car la fumée était très dense et compliquait de beaucoup la vie à ceux qui voulaient se sauver. Malheureusement, beaucoup d’entre eux n’y sont jamais parvenus, les pompiers ayant trouvé plusieurs cadavres agglutinés les uns contre les autres près de cette sortie. 41 personnes sont mortes brûlées vives sur place, sept autres sont mortes de leur blessures dans les jours qui ont suivi, et près de cinquante autres ont été blessés. L’hôpital de Chibougamau ayant été vite saturé lors de cette nuit d’enfer, les blessés les plus graves ainsi que d’autres ont été transportés par avion vers Québec et le Saguenay-Lac-St-Jean. C’est l’incendie le plus meurtrier au Québec depuis celui du bar Blue Bird à Montréal, survenu en 1972. 37 personnes y avaient perdu la vie. Des funérailles collectives ont été célébrées à l’aréna de Chapais quelques jours après le drame. Le premier ministre René Lévesque était sur place.

 

Si Florent Cantin, l’auteur du brasier, a pu échapper aux griffes du feu qu’il a lui-même déclenché, il n’a pu se soustraire aux griffes de la justice. Arrêté chez ses parents peu après le drame, il a été condamné plus tard à huit ans de prison pour homicide involontaire, peine qui a été par la suite réduite à deux ans moins un jour. Depuis sa sortie de prison, son nom a défrayé à quelques occasion les chroniques judiciaires, notamment pour des affaires de violence conjugale et de menaces.

 

Depuis ce temps, le Jour de l’An n’a plus la même signification à Chapais, où chaque 1er janvier est un rappel de ce drame qui faucha la jeunesse de cette collectivité. Même si Florent Cantin n’avait pas l’intention de tuer qui que ce soit cette nuit-là, Chapais a fini quand même par lui pardonner en partie cette « gaffe de gars chaud » peu habituelle. Elle lui a pardonné seulement en partie, car une telle bourde ne s’efface pas aussi facilement dans les méandres de l’oubli collectif. Malgré tout, Florent Cantin est persona non grata à Chapais et le restera pour toujours.

La partie 2 parlera de l’accident d’Eastman (4 août 1978), de l’incendie du bar Blue Bird à Montréal (1er septembre 1972), du glissement de terrain de Saint-Jean-Vianney (4 mai 1971) et de l’écrasement d’un avion DC-8 de Trans-Canada Airlines à Sainte-Thérèse-de-Blainville (29 novembre 1963)

 

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