Blogue-au-thon III

Il ne me reste plus que l’écriture

Novembre 1987. C’est une soirée au clair de lune à l’aréna de mon village, un soir où l’éclairage de l’aréna est tamisé pour recréer le même effet que si l’on patinait sur un lac un soir de pleine lune.
C’était l’époque où Europe et Bon Jovi ravageaient les palmarès mondiaux, où Madonna faisait de la provocation sa meilleure alliée, où Céline Dion se métamorphosait en vedette ascendante qui allait finir par devenir loin d’être incognito, où Samantha Fox était la femme britannique la plus photographiée au monde et où Bündock connaissait son quinze minutes de gloire.
J’allais patiner pour faire comme mes jeunes frères, qui commençaient à jouer au hockey. Sur la glace, beaucoup de monde, dont des gens de ma classe. J’avais croisé justement un collègue de classe, qui me parlait qu’il était en train de former un groupe dont il allait être le chanteur, et qu’ils allaient donner des spectacles à la salle de l’école.
Rapidement, j’ai eu le goût de la chanson que je chanterais moi-même devant public. Dès lors, quand j’écoutais ma musique dans ma chambre, ce serait avec le volume au maximum, chantant par-dessus mon radiocassette, au grand désespoir de ma famille qui a eu à endurer ça pendant des années.
Ma carrière musicale n’est jamais allée plus loin que ma chambre. Je n’ai jamais poussé plus loin cet aspect que ma voix aurait sans doute pu se permettre. Semble-t-il que j’avais une belle voix quand je chantais par-dessus mes chansons.
Je me voyais joindre le groupe de mon ami comme choriste, pour ensuite le tasser comme chanteur principal du groupe. Nous nous serions fait signer par une grosse compagnie de disques, nous aurions fait un premier disque qui se serait vendu à travers le monde à coup de millions d’exemplaires et j’aurais fait faux bond à mon groupe pour entreprendre ma carrière solo, qui se serait sans doute poursuivie jusqu’à aujourd’hui, n’eût été du fait que le groupe de mon ami n’a jamais voulu de moi comme choriste, et qu’à leur seul spectacle, présenté devant les deux classes de cinquième année au gymnase de l’école de mon village, n’était en réalité que du lip-sync sur du Bon Jovi, avec les perruques appropriées.
Comme j’étais un petit gros et que je n’avais pas beaucoup d’amis et que je n’avais pas un physique de dieu, j’ai préféré opter pour faire de la radio. L’aventure a été plus fructueuse que mes envies musicales, mais elle n’a pas fait de moi une vedette qui vit bien de son art.
Pour ceux qui ne le savent pas déjà, c’est à l’église de mon village que j’ai commencé à faire sentir ma voix de stentor. Ce fut ensuite à l’aréna de mon village et au terrain de balle juste à côté.
Ma carrière d’annonceur au hockey s’est terminée à Chicoutimi, où j’espérais être remarqué par une station de radio quelconque, ce qui ne s’est jamais fait. Mon dernier match comme annonceur a été mémorable. C’était en avril 1997, à l’aréna du Plateau, à Chicoutimi-Nord. C’était le dernier match d’une compétition provinciale où il ne restait plus que de la bière pour me désaltérer entre mes interventions, puisque toutes les bouteilles d’eau et toutes les canettes de boisson gazeuse fournies par les commanditaires avaient été bues. Ce fut une bonne chose que la rencontre se soit terminée au milieu de la troisième personne, par une mêlée générale où ça se battait autant sur la glace que dans les estrades. J’aurais sans doute terminé le match saoul comme une botte…
J’ai fait de la radio dans les médias étudiants de toutes les écoles que j’ai fréquentées, sauf à l’Université Laval. La radio du pavillon Louis-Jacques Cazault, où animaient les étudiants en communication, me paraissait particulièrement déprimante…
C’est suite à un accident en 2000 que j’ai décidé de me consacrer à la radio, d’abord à CKAJ-FM et ensuite en allant faire un cours sur la rive sud de Montréal. Et ensuite, pendant huit ans, j’ai déménagé une dizaine de fois pour faire entendre ma voix dans divers endroits jusqu’à ce que je m’en tanne complètement.
Me voici donc à Montréal en ce début de printemps 2015, toujours en voix, mais ne sachant pas plus chanter que pendant mes jeunes jours et étant trop vieux pour présenter les chansons des jeunes artistes en vogue.
Je suis plutôt couché au lit, ordinateur portable confortablement installé sur mes genoux, pendant qu’un match de hockey disputé à Vancouver inonde mon appartement de ses sons, et j’écris.
Je me sens bien quand j’écris dans un contexte similaire à celui dans lequel je vous présente ce monologue manuscrit. Je ne m’impose aucune restriction et je me laisse aller à ma guise. En écrivant, j’apprends à ma plume comment avoir autant de portée – sinon plus – que ma voix, qui porte plus que la normale.
C’est à ma plume que je devrai m’en remettre pour me sortir du trou, un peu comme Dany Laferrière l’a fait il y a de ça une trentaine d’années, en tapant un premier roman sur une machine à écrire, y consacrant parfois plus de huit heures par jour, dans un appartement miteux de la rue Saint-Denis, gagnant sa vie à occuper des emplois de misère, mais en ayant quand même beaucoup de plaisir dans sa vie à lire, baiser et boire du vin.
Je viens justement de finir un livre de Dany Laferrière, « Cette grenade dans la main du jeune Nègre est-elle une arme ou un fruit? », et je suis encore sur le cul. Un livre dont l’événement perturbateur est la demande d’un magazine qui aimerait qu’il parcoure les États-Unis du nord au sud et de l’est à l’ouest pour y voir la vraie nature de ce grand pays dont les frontières ne sont même pas à une heure de route d’ici. Le genre de livre que j’aimerais écrire moi-même.
Décidément, ce Laferrière est en train de devenir rapidement un de mes auteurs fétiches, à côté de Kerouac, Balzac, Burroughs, Hertel et Victor-Lévy Beaulieu.

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