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Pont Dubuc

Montréal a ses ponts, Saguenay aussi a les siens. Dans les deux villes, il ne suffit que l’un des ponts ferme pour que la vie soit déroutée de son cours normal.

Il faut dire que quand c’est le pont Champlain qui ferme, l’automobiliste montréalais a d’autres alternatives. S’il a le temps d’allonger son déplacement, il pourra utiliser le pont Victoria, le pont Jacques-Cartier ou même le pont-tunnel Lafontaine ou le pont Mercier s’il peut prolonger encore plus son détour. Mais quand on est du Saguenay et que le pont Dubuc ferme pour quelques temps, on se sent démuni par le peu d’options qui s’offrent à nous.

 

Pour les non-initiés de la réalité saguenéenne, le pont Dubuc a été inauguré en 1972 pour remplacer le vieillissant pont Sainte-Anne, inauguré en 1933. Ces deux infrastructures relient le secteur nord de Chicoutimi au reste de la ville. Avant ce temps, des ponts de glace en hiver et des traversiers en été assuraient cette fonction. Si l’on veut éviter le pont Dubuc, il n’existe pas beaucoup d’alternatives. Il y a le pont de la Dam Deux et le pont d’aluminium à Jonquière, qui nécessitent un long détour via Shipshaw avant de rejoindre le secteur nord de Chicoutimi. Si l’on est encore plus sadomasochiste, on pourra aussi rouler jusqu’à Alma – là où les rivières Grande Décharge et Petite Décharge s’unissent pour former le Saguenay – ou même Tadoussac, ce qui est encore beaucoup plus long comme détour, même si les paysages sont magnifiques vus depuis le traversier qui relie les rives du Saguenay gratuitement à toute heure du jour et de la nuit.

 

J’ai grandi sur la rive nord du Saguenay. J’ai fait mon secondaire à l’École Secondaire Charles-Gravel, à quelques kilomètres du pont Dubuc. Je ne l’ai jamais traversé à vélo. On ne peut d’ailleurs pas le faire, car c’est interdit. À partir du feu de la rue Deschamps, le boulevard Ste-Geneviève – qui est aussi la route 172 dans ce secteur, ce ruban d’asphalte qui relie Tadoussac à Delisle via la rive nord du Saguenay – se transforme en autoroute au sommet d’une côte abrupte qui faisait compresser mes oreilles d’enfant. Au beau milieu de la côte, la voie rapide tourne vers la droite où se trouve un échangeur qui permet à la route 172 de poursuivre son chemin en provoquant la naissance du boulevard Tadoussac, baptisé en l’honneur de ce charmant village situé à la jonction du Saguenay et du fleuve Saint-Laurent, environ une centaine de kilomètres plus loin. Si l’on ne prend pas l’échangeur, on se retrouve au dessus du Saguenay pour aboutir directement dans le centre-ville de Chicoutimi. Si la ville – et maintenant l’arrondissement de la ville de Saguenay – a eu ce terme comme nom, c’est pour sa signification en montagnais, Chicoutimi voulant dire « jusqu’où c’est profond. » Car le Saguenay est très profond, pouvant avoir jusqu’à 275 mètres de creux à certains endroits. Quant aux caps qui le surplombent, ils peuvent être jusqu’à 300 mètres de haut. Voilà pourquoi une croisière sur le Saguenay est si impressionnante!! Voilà aussi pourquoi les localités de Tadoussac et de Baie-Sainte-Catherine, au bout du Saguenay, sont liées par traversier plutôt que par un pont. En construire un à cet endroit représente un défi architectural colossal qui finirait par s’avérer très coûteux pour les contribuables que nous sommes. Il existe cependant un projet de pont, mais je doute fort qu’il soit réalisé un jour. Ça coûterait au minimum un milliard de dollars pour le construire.

 

Pour en revenir au pont Dubuc, sa construction ne s’est pas faite sans heurts. Je me souviens d’avoir déjà lu dans ma jeunesse un livre de l’historienne Russell-Aurore Bouchard sur Chicoutimi-Nord et les photos de résidences sur le bord du Saguenay que l’on a du démolir pour faire place à la route. L’auteure s’était dite scandalisée et attristée d’avoir vu tant de belles maisons et un si beau secteur de l’ancienne ville de Chicoutimi-Nord – qui a été une ville indépendante avant de fusionner avec Chicoutimi en 1976 – tomber sous le pic des démolisseurs.

 

Je n’ai pas été qu’impressionné par ces images de maisons qui n’existent plus, mais aussi par d’autres illustrant l’ancienne côte Sainte-Geneviève, celle d’avant le pont Dubuc. On m’a souvent raconté qu’elle était encore plus abrupte que l’ancienne, et que nombre d’accidents de la route s’y sont produits, notamment impliquant des véhicules lourds qui manquaient de frein en descendant la côte. Juste au bas de celle-ci se trouve une petite cabane à patates frites fort sympathique, qui existe toujours aujourd’hui. J’y suis d’ailleurs allé l’automne dernier, juste avant ma fête. Pendant que j’y mangeais ma poutine et que j’y sirotais un Red Champagne – désormais seul emblème du Saguenay-Lac-St-Jean dans le monde des boissons gazeuses depuis la mort du Saguenay Dry en 2006 – , je regardais la côte du bas vers le haut et je m’imaginais ce que ça devait être de la descendre au volant d’un pachyderme motorisé qui manque de frein. Je me suis même fait souvent raconter – sans même avoir pu le vérifier – que ce petit restaurant s’est fait défoncer plus souvent qu’à son tour dans cette époque déjà lointaine.

 

Pas très loin de ce restaurant, se trouve l’intersection des rues Roussel et du Pont, là où il y avait un feu de circulation avant la construction du pont. Imaginez un peu ce que ça devait être de manquer de frein dans cette côte au moment où la lumière est rouge en bas. Moment de frayeur garanti!

 

Mais comment peut-on traverser le Saguenay à vélo si l’on ne peut pas le faire sur le pont Dubuc? Simplement en prenant le sympathique pont Sainte-Anne, première structure construite pour relier les deux rives que l’on a recyclé en allée où se côtoient cyclistes et piétons quand le nouveau pont a été complété.

 

Certains disent qu’il faudrait un deuxième pont pour relier les deux rives. Certains sont pour, d’autres contre. Deux alternatives sont suggérées : la première passant par la localité de St-Fulgence – sur la rive nord du Saguenay, là où se rencontrent l’eau douce et l’eau salée -, la deuxième par Saint-Jean-Eudes, ancienne localité située proche de l’usine Alcan qui a fait partie de l’ancienne ville de Jonquière avant d’être incorporée à l’actuelle ville de Saguenay. N’habitant plus la région depuis une dizaine d’années, je ne sais pas si ça serait nécessaire d’en construire un, ni quelle option serait la meilleure. Je sais cependant qu’un pont suspendu sur le Saguenay proche de St-Fulgence pourrait facilement devenir un attrait touristique majeur, puisqu’il serait notre Golden Gate! Mais un peu comme le pont de Tadoussac, ce n’est pas demain la veille qu’on le verra construit, même que je pense qu’on verra un deuxième pont sur le Saguenay à Chicoutimi avant d’en voir un construit à Tadoussac.

 

Et si l’on construisait un pont qui ferait entrer les automobilistes sur la rive nord du Saguenay à un endroit autre que Chicoutimi-Nord, cela ne serait qu’une très bonne nouvelle pour eux, puisqu’aucune roche ne briserait leur véhicule. Dans le temps où le canot était le seul moyen de liaison entre les deux rives, les hommes de Chicoutimi-Nord n’aimaient pas que ceux de Chicoutimi viennent reluquer leurs demoiselles sur leur territoire. Les nord-chicoutimiens leur faisaient savoir en montant en haut d’une falaise et en y tirant des roches sur les canots venus de la rive sud. C’est depuis ce jour que les habitants du secteur nord de Chicoutimi sont surnommés « les tireux de roches. »

 

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