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Parti en août, presque revenu en septembre

Voici le résumé d’une randonnée de vélo que j’ai faite le 31 août 2010.  Celle-ci fut loin d’être l’expédition agréable que je croyais faire.  Elle m’a un peu traumatisé, mais m’a néanmoins appris certaines choses.  Je pense refaire cette expédition un jour, mais pas dans les conditions que vous lirez dans ce texte originalement paru sur ma page Facebook, le 1er septembre 2010.  Ce texte a été écrit à chaud, dans les heures suivant mon retour à la maison.  En attendant que je vous propose du nouveau – car j’en élabore malgré l’apparent silence présent sur ce blog -, je me permets de vous présenter ce réchauffé qui saura sans doute vous intéresser…

Jean Tremblay,

Ville Mont-Royal,

2 septembre 2013

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J’aime bien faire des longues randonnées de vélo. Celles-ci me permettent de prendre l’air, de visiter des coins et de vivre des choses de toutes sortes. J’étais loin de me douter que j’allais en avoir bien plus que pour mon argent lorsque j’ai enfourché ma bécane le mardi 31 août dernier.

 

Tout était clair dans ma tête. Je partais pour Hawkesbury, en Ontario, à mi-chemin entre Montréal et Ottawa. L’aller-retour allait être long d’environ 200 kilomètres, et pour éviter la monotonie, j’ai choisi un parcours qui me permettait de visiter les deux rives de la rivière des Outaouais. L’aller se faisait via le West-Island, Vaudreuil-Dorion, Hudson et Rigaud jusqu’au petit village ontarien de Saint-Eugène, proche de la frontière québécoise. Ensuite un crochet vers un autre village du secteur, Vankleek Hill, avant d’arriver à Hawkesbury.

 

Le retour était prévu pour débuter à Grenville-sur-le-Rouge, de l’autre côté du pont du Long-Sault, la seule infrastructure qui permet de traverser la rivière des Outaouais entre Montréal et Ottawa. J’aurais suivi la Route Verte jusqu’à Carillon, où j’aurais pris le traversier pour changer de rive. Ensuite, j’aurais pédalé jusqu’à Hudson en suivant le même chemin parcouru plus tôt dans la journée mais en sens inverse jusqu’au traversier vers Oka. La randonnée se serait terminée par une escapade sur la Vagabonde, cette piste cyclable qui traverse le parc national de l’endroit et les agglomérations de Pointe-Calumet, Sainte-Marthe-sur-le-Lac et Deux-Montagnes avant de faire incursion vers Laval et ensuite Montréal.

 

J’avais prévu faire ce parcours en dix ou douze heures, avec une arrivée chez moi sur l’heure du souper.

 

L’aller s’est bien déroulé, même si mon pneu arrière a perdu de son air. Un arrêt sous le viaduc de la 40 à Rigaud m’a permis de gonfler le pneu fautif et d’arriver à Saint-Eugène, où j’ai pris le dîner dans un restaurant de la place. Après avoir bien mangé, j’ai décidé de modifier mon itinéraire pour atteindre directement Hawkesbury afin de bénéficier de la rafraîchissante et rassurante brise de la rivière des Outaouais, un élément fort apprécié en cette journée de chaleur extrême.

 

Donc, pas d’arrêt à Vankleek Hill. Je me dirige plutôt vers le nord, vers le village de Chute-à-Blondeau, via la route 4 par laquelle j’atteins enfin Hawkesbury.

 

Il fait chaud et l’humidité rend la situation encore plus accablante. Je traîne toujours avec moi une bonne quantité d’eau, et n’hésite pas à en acheter lorsque celle que j’ai sous la main commence à devenir chaude. Il fallait justement que je rafraîchisse mes réserves d’eau lorsque j’ai fait mon entrée à Chute-à-Blondeau. J’arrive donc en face de la seule épicerie du village pour constater… qu’il est fermé et que la bâtisse est à vendre!

 

J’avais donc très hâte d’arriver à Hawkesbury. Il me restait environs sept ou huit kilomètres à faire avant d’y arriver lorsque mon pneu arrière décide de recommencer à faire des siennes. Je m’arrête, sors ma pompe de mon sac à dos, et regonfle le pneu. Cependant, en me réinstallant sur mon siège, je réalise que l’air injecté dans le pneu s’est déjà sauvé. J’ai tenté une autre fois de le regonfler. Même résultat.

 

N’ayant pas de tripe de secours sur moi, je me vois dans l’obligation de prendre ma bécane, et de marcher jusqu’à Hawkesbury. Aucun automobiliste ne s’est arrêté pour m’aider, sauf une franco-ontarienne roulant dans l’autre direction. Elle allait porter son fils à quelque part et m’a dit qu’à son retour elle allait me prendre. Je lui ai dit que j’allais continuer à marcher et qu’elle n’aurait qu’à me prendre lorsqu’elle me verrait.

 

Je ne l’ai pas revue. Mon escapade à pied a bien du durer une bonne heure et demie, peut-être deux. Qu’importe, j’avais très soif et j’avais hâte d’enfin arriver à Hawkesbury. La vue du pont du Long-Sault me rassurait de la proximité de la ville.

 

En arrivant, je m’arrête dans une station-service Sonic pour m’y acheter deux petites bouteilles d’eau, que j’ingurgite à la vitesse de l’éclair. Je demande au commis des indications pour trouver la boutique de sport la plus proche. Il m’a parlé d’un magasin Intersport en avant du restaurant Tim Horton’s.

 

Après dix minutes de marche, j’arrive au magasin en question, m’achète une tripe et procède à la réparation dans le stationnement du restaurant. L’opération dure une quinzaine de minutes après lesquelles je me lave les mains pour manger un peu avant de partir, chose que j’ai faite à 17h30.

 

C’est alors qu’une course contre la montre s’est amorcée, question de faire le plus de chemin possible avant le coucher du soleil. Après la traversée du pont du Long-Sault, je saute sur la Route Verte en direction d’Oka.

 

Le retour se déroule très bien et je profite des beautés de paysage que l’on rencontre en chemin. Cela me donne même envie d’y retourner, surtout pour revoir le pont suspendu de Saint-André-d’Argenteuil!!

 

Quelque part entre Grenville-sur-la-Rouge et Saint-André-d’Argenteuil se trouve un terrain de camping traversé par la Route Verte. En arrêtant pour faire pipi, je remarque qu’il y a une douche aussi à l’intérieur. Tout sali par mes péripéties, je décide de me rafraîchir sous la douche quelques instants, avant d’enfiler des vêtements de réserve et de reprendre le chemin.

 

En sortant du terrain, le soleil qui se couchait donnait une vue incroyable à un paysage déjà magnifié par la présence de la centrale de Carillon. Raison de plus pour vouloir revenir dans le secteur…

 

Un joueur plutôt indésirable commence alors à faire son entrée dans cette randonnée déjà trop pleine en rebondissements. La présence de petites mouches en nuées imposantes rend la circulation particulièrement pénible. J’ai du longtemps rouler en regardant par terre, me servant de la ligne blanche comme guide. À chaque fois que je levais les yeux, ceux-ci étaient picottés par quelques insectes qui avaient le malheur de passer par là à ce moment précis. Ceux-ci s’accumulaient également sur mes bras. Et foncer dans ces nuées d’insectes se compare à marcher face au vent dans une tempête de neige, avec ces flocons qui nous picottent le visage.

 

Il était vingt heures quand je suis arrivé à Saint-Placide pour m’y procurer quelques rafraîchissements. En buvant un 7-up, je constate l’ampleur réelle de la présence des insectes en regardant les lampadaires de la station-service. Il y a longtemps que je n’ai pas vu autant d’insectes s’agglutiner à un seul endroit! Je me serais presque cru dans le nord de l’Ontario, dans la partie kapuskassoise de ma carrière d’animateur radiophonique.

 

Il fait un noir presque total lorsque je quitte Saint-Placide et c’est avec joie que j’aperçois au loin les lumières des kiosques de cigarettiers de contrebande que l’on retrouve à Kanesatake. Cependant, il y avait des travaux sur la route 344, et l’asphalte ayant été planée, je me suis retrouvé à pédaler sur un chemin de très piètre qualité qui m’a fait craindre pour l’état de mes pneus. Heureusement, une fois rendu à Oka, j’étais rassuré de voir qu’ils n’avaient pas trop souffert de cette péripétie.

 

Il ne me reste alors plus qu’une vingtaine de kilomètres à parcourir avant d’atteindre la gare de train de banlieue de Deux-Montagnes. Je me suis motivé en me disant qu’au bout d’au moins une heure supplémentaire de vélo, je pourrai rentrer chez moi assis confortablement dans un wagon de locomotive.

 

Comme il faisait très noir, j’ai préféré continuer sur la route 344 plutôt que de prendre la Vagabonde, le sentier de la Route Verte qui part d’Oka jusque vers Deux-Montagnes. Ce sentier, qui traverse le parc national d’Oka, n’offre aucun éclairage.

 

Cette dernière section de la randonnée s’amorce bien. Un moment donné, mon regard est accroché par quelque chose qui scintille au sol. C’était un sou noir, tombé en position face, ce qui serait signe de chance. Je m’arrête pour ramasser la pièce de monnaie, et c’est quelques minutes plus tard que le destin s’est manifesté… encore!

 

Après avoir descendu une petite côte, ma chaîne débarque. J’arrête afin de la réinstaller, mais la vue d’une pièce sur le sol m’indique que le problème qui se présente est bien plus qu’un banal débarquement de chaîne. C’était le vis d’une roulette de mon dérailleur qui avait cédé.

 

Je me décide à faire du pouce pour gagner Deux-Montagnes, mais aucun automobiliste ne veut aider un « pouceux » équipé d’un vélo. Je jette un coup d’oeil à un dépanneur situé tout près. Ses lumières se ferment, ce qui n’aide en rien à me rassurer. Malgré tout, je décide de m’y rendre. Deux filles et un homme étaient dans le dépanneur et, après avoir expliqué ma situation, l’homme prend une lampe de poche et m’aide à faire une tentative de réparation temporaire sur mon vélo, tentative qui fut vaine.

 

C’est alors qu’arrive un jeune homme qui connaissait les deux filles à l’intérieur du dépanneur. Lui aussi regarde mon vélo, et après lui avoir expliqué ma situation, m’annonce qu’il doit justement passer par Deux-Montagnes. Il m’offre de me mener à la gare de train de banlieue, ce qui m’a grandement rassuré…

 

Sans cellulaire, il m’aurait été difficile de rejoindre quelqu’un pour venir me chercher, d’autant plus que je n’était pas à côté, comme on dit…

 

Le jeune homme, prénommé Vincent, m’a laissé vers 22h30 à la gare de Deux-Montagnes, d’où allait partir le dernier train de banlieue de la journée, vers 23h20. Après avoir remercié chaleureusement mon sauveur, je me suis installé sur un banc, des écouteurs sur les oreilles pour écouter un peu de musique sur mon iPod afin de décompresser un peu de cette randonnée hors de l’ordinaire.

 

J’attendais le train, je regardais mon vélo, et je suis parti à rire en passant à tout ce que j’ai vécu dans cette journée. Je pouvais me permettre d’en rire, car j’étais assuré de pouvoir enfin rentrer chez moi. S’il avait fallu qu’il n’y ait pas eu de Vincent, je pense que j’aurais été l’auteur d’un déluge de larmes…

 

J’ai voulu tester mes limites dans cette randonnée que j’avais faite l’an dernier avec succès. Je voulais les repousser. Or, ce sont plutôt elles qui m’ont remises à ma place. En regardant mon vélo, je le voyais me dire « Tu dis souvent qu’il y a une différence entre tenter sa chance et pousser sa luck. Ben, encore une fois, tu l’as su… »

 

Il était 23h40 quand le train s’est arrêté à la gare Mont-Royal, juste à côté de chez moi. Vingt minutes de plus et j’aurais pu dire que j’étais parti en août et revenu en septembre… Les randonnées en vélo jusqu’en Ontario, c’est bien fini, surtout par pareille température.

 

Je t’aurais bien écouté maman, mais j’ai pogné ton message juste en arrivant chez moi…

 

Au moins, je suis arrivé!!

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