Fierté francophone

Je suis un écrivain franco-ontarien

Au Salon du livre de Montréal, il y a de ça deux semaines, j’ai vue une partie d’une conférence donnée par Dany Laferrière. Auteur du livre « Je suis un écrivain japonais », il racontait avoir provoqué un petit scandale au Japon, puisqu’aucun écrivain de ce pays n’avait osé donner un tel titre à un de ses ouvrages.

Inspiré une fois de plus par cet auteur, je me proclame le temps d’un billet écrivain franco-ontarien. Après tout, si un ancien homme peut devenir président de la Fédération des Femmes du Québec, je me dis que tout est possible en ce bas-monde.

Enfant, j’aimais bien regarder l’émission « Reflets d’un pays », qui était diffusée l’été, à la télévision de Radio-Canada. Par cette émission, j’ai eu un premier contact avec la francophonie hors-Québec. J’ai vu des gens parler français comme moi, qui vivaient dans d’autres provinces que la mienne, et cela m’émouvait.

Vingt ans plus tard, c’est en terre francophone hors-Québec que mon parcours d’animateur radiophonique m’amène. En septembre 2003, le poste d’animateur du matin à la station CKGN de Kapuskasing s’ouvre. Demeurant à Dolbeau-Mistassini à l’époque, j’envoie un démo gravé sur disque compact au directeur-général de CKGN qui décide de m’embaucher sur le champ. 

Durant la période de temps où le disque faisait le chemin entre Dolbeau-Mistassini et Kapuskasing, mon employeur du moment me propose un transfert à la station KYK-FM, que j’accepte aussitôt, même si cela ne me fera travailler que la fin de semaine. Je décline alors l’offre de CKGN, mais ce n’était que pour mieux l’accepter le printemps suivant, lorsque le même poste d’animateur du matin est redevenu disponible.

En cette fin de mois de mars 2004, je venais d’apprendre que deux étudiants d’Art et Technologie des Médias allaient venir m’observer le temps d’une émission. Or, j’ai bien cru que les deux étudiants n’allaient pas seulement m’observer pendant une semaine, mais que ceux-ci allaient bientôt se partager mes heures de travail du moment.

J’ai gravé sur disque compact un démo mis à jour et je l’ai aussitôt expédié à Kapuskasing, à l’attention du même directeur général qu’en septembre précédent. En plus du disque compact et du curriculum vitae se trouvait une lettre d’accompagnement qui s’amorçait de cette façon : « Cette fois-ci, c’est la bonne! » Et ce le fut!

Je me souviendrai toujours de la randonnée de voiture qui m’amena de Saint-David-de-Falardeau jusqu’à Kapuskasing, au volant d’une voiture achetée pour 500$ au début du mois de mars 2004, une voiture de marque Dodge Shadow 1992, avec plus de 200000 kilomètres au compteur. Une voiture dans un état de délabrement tel qu’il fallait constamment y rajouter de l’huile parce qu’elle la brûlait à mesure. C’était évident qu’elle allait rendre l’âme dans peu de temps. Heureusement, c’est arrivé après mon arrivée à Kapuskasing.

J’y ai fait de la radio pendant onze mois, jusqu’en mars 2005. Pendant cette période, j’ai été en contact avec une francophonie hors-Québec fière et qui se tenait debout. Des gens dont les racines provenaient du Lac Saint-Jean, du Bas-St-Laurent, de la Gaspésie et même de la France.

Des gens qui, au fil des années, ont réussi à enraciner dans un sol nordique et hostile, contre vents et marées, une culture qui les distingue de tous les autres francophones. En dehors du jupon de leur Québec natal, ces gens-là ont amené la francophonie vers un horizon nouveau et fragile.

Dans une terre où la langue française n’a pas la protection qu’elle devrait avoir, le français ne peut compter que sur ceux qui le parlent pour le défendre. En s’attaquant à eux, l’actuel premier ministre de l’Ontario, Rob Ford, ne sait pas encore à qui il a affaire.

En 1997, quand la Commission de restructuration des services de santé de l’Ontario a recommandé la fermeture de l’hôpital Montfort d’Ottawa, le seul établissement de santé francophone en Ontario, les franco-ontariens n’ont pas hésité un seul instant afin de se porter à la défense de leur hôpital. À coup de manifestations et de contestations juridiques, l’hôpital est resté ouvert après une lutte qui a duré plus de quatre ans.

On dit souvent de l’histoire qu’elle a tendance à se répéter. Or, c’est en plein ce dont nous sommes témoins ces temps-ci. Pour cette fois-ci, c’est une université francophone nouvellement créée qui devait accueillir sous peu ses premiers étudiants à Toronto.

Je plains ce pauvre Rob Ford. Il ne connait pas encore les francophones de l’Ontario. Il connait encore moins la fierté qui les unit et cette culture qui en est le carburant et qui nous a permis d’entendre les CANO, Robert Paquette, Paul Demers, Swing, Carole Champagne, Véronic Dicaire, Jos Meloche-Desrochers (RIP), et plein d’autres que je ne connais pas et que nous devons découvrir un jour.

De Hearst jusqu’à Windsor, de Fauquier jusqu’à Thunder Bay, en passant par Grégoire Mills et Hawkesbury, c’est une fierté francophone qui s’exprime d’une seule voix, celle de la détermination, de la fierté et du refus de se laisser faire.

Québécois, je crois que nous devons nous inspirer du combat des franco-ontariens. Si notre terre ne deviendra pas un pays, il faut continuer à lutter pour que notre langue continue de survivre à tous les affronts qu’ont lui fait subir à coup de bonjour!hi! et de multiculturalisme destinés à noyer le fait français dans l’océan de l’insignifiance et de l’oubli.

Chers amis franco-ontariens, résistez et désobéissez, tant et aussi longtemps qu’il le faudra!

Jean Tremblay,

Montréal, arrondissement de Rosemont-Petite-Patrie, 2 décembre 2018, 3h32 du matin. 

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