Blogue-au-thon III

Marcher sur le gazon des Expos

Je n’ai jamais été un sorteux. J’ai toujours fui les mondanités, préférant m’amuser en solitaire. Je vis seul, suis célibataire et ne m’en plains pas. Je n’ai personne en vue dans ma vie et c’est tant mieux ainsi!
Ça ne prenait que le baseball et la nostalgie des Expos pour me faire sortir de mon chez moi, le 28 février dernier, lors de cette fameuse nuit blanche où plein d’activités se déroulent aux quatre coins de la ville et où le métro reste ouvert à une période où il est normalement fermé.
J’ai donc pris la route du Stade olympique de Montréal, tout près de chez moi, pour aller voir une exposition d’artéfacts inédits datant de l’époque des Expos. L’exposition se déroulait dans le vestiaire des adversaires, lieu où l’amateur de baseball ne peut pas aller en temps normal.
Avant de rentrer dans le vestiaire où se déroulait l’exposition, il fallait descendre au niveau du terrain, aménagé en aire de jeu de soccer, puisque l’Impact de Montréal y tenait aussi une activité.
Je n’ai jamais pu avant ce jour marcher sur le gazon synthétique du Stade olympique. Ce soir-là, j’ai pu le faire. Fouler ce gazon symbolique qui a vu les derniers jours des Expos, et qui sert encore lors de ces trop rares événements qui se tiennent dans cette enceinte qui nous a coûté les yeux de la tête et qui a visiblement connu de meilleurs jours.
Avant d’aller visiter l’exposition d’artéfacts, je foulais d’un pas lent la distance entre le bas de l’escalier me menant sur le terrain et le début de la file pour l’exposition. Je voulais savourer le moment qui, même si les Expos n’existent plus que dans nos souvenirs, avait malgré tout quelque chose de spécial.
Pour un instant, je me suis replacé dans mon enfance, où j’espérais être lanceur pour les Expos, jouant au baseball à côté de la maison avec mon frère et les Morin, parlant de baseball à mes collègues de petite école au point de leur taper sur les nerfs. Cette époque aussi où je me laissais endormir par la voix de Jacques Doucet, qui berçait mes fins de soirée par ses descriptions de matches des Expos, que j’écoutais les soirs où ils ne jouaient pas à la télé de Radio-Canada.
J’aime le baseball depuis que je suis tout petit. J’aimais ça parce que mon père jouait de ce sport quand j’étais petit enfant et que j’adorais le voir évoluer au terrain de balle de mon village. Quand il y avait un tournoi de baseball à Saint-David-de-Falardeau, c’était l’événement majeur vers lequel l’attention de tout le monde était dirigée. Je me souviens de ces dimanches après-midi où, sur le balcon de mes grands-parents paternels, mes oncles, tantes, cousins et cousines se mettaient nombreux pour regarder les athlètes du village, surtout mon père.
Mais un jour, mon père a dû arrêter de jouer, s’étant fracturé la jambe en contournant le premier but. Je voyais l’effroi de mes tantes regardant la scène, s’attristant de voir leur frère dans cette condition qui le contraignit au chômage, lui qui était père de moi et d’un jeune frère, pendant qu’un autre était en préparation dans le ventre de ma mère.
L’année suivante, les Expos avaient gagné le seul championnat de leur histoire et étaient populaires comme jamais ils ne l’ont été. J’aimais bien Gary Carter et l’excentrique mascotte Youppi, mais mon joueur préféré était celui qui portait le numéro 0, Al Oliver, qui donnait aux Expos sa dernière grande saison en carrière dans le baseball majeur, lui qui a commencé à décliner la saison suivante avant de terminer sa carrière en 1985, après avoir porté les uniformes de quatre équipes pendant les deux dernières saisons de sa carrière.
Ce sont ce genre de souvenirs qui me sont revenus pendant que je foulais ce gazon synthétique et que je m’approchais de là où se trouvait le marbre, là d’où sont partis d’innombrables coups de circuit. Un regard vers les profondeurs du stade nous faisait réaliser la force que ça prenait pour sortir la balle de l’aire de jeu.
Après une marche introspective, je suis allé voir cette exposition de toutes sortes d’objets relatifs aux Expos. Guides de presse, uniformes, bâtons, photographies d’équipe et autres objets divers, le tout présenté dans un authentique vestiaire de baseball, voilà de quoi me replonger dans mes souvenirs d’enfance.
J’étais trop jeune quand Souki a été engagé comme mascotte, à l’aube de la saison 1978. Ayant l’air d’un extra-terrestre muni d’une balle de baseball en guise de tête, il était plutôt laid, et aurait fait pleurer plus d’enfants qu’il n’en a fait sourire, ce qui explique la brièveté de sa carrière. Youppi est arrivé la saison suivante et a obtenu un succès aussi éclatant que durable dès le début de son existence, contraignant Souki à un oubli le plus total dans les méandres de l’anonymat.
Faire le tour de ce vestiaire rempli de souvenirs ne m’a pris que quelques minutes, au bout desquelles je suis allé me faire prendre en photo, arborant un casque de frappeur, un uniforme authentique des Expos au nom d’un certain Phillips et tenant un bâton. Étant frappeur ambidextre, j’ai décidé de frapper de la droite lors de cette prise de photo, offerte gratuitement au public venu visiter comme moi ces souvenirs d’un riche passé pas si lointain.
J’ai reçu ma photo ce matin et l’ai tout de suite mise comme image de profil sur mon Facebook. Je n’ai jamais joué au baseball organisé, mais le temps d’une photo, j’ai fait comme si j’avais réalisé mon rêve d’arborer ce bel uniforme et de défendre ses couleurs le temps d’une présence au bâton.
Après l’exposition, je suis retourné sur le terrain, prenant mon temps, voulant que celui-ci ralentisse et ne s’arrête jamais, même si l’aire de jeu n’était pas configurée en format baseball. Je vibrais comme si j’avais été encore l’enfant que j’étais il y a plus de trente ans, et avec qui j’ai renoué comme s’il n’était jamais vraiment parti de l’adulte qu’il a fini par devenir.
J’ai quitté le Stade olympique en me disant que dans un mois j’allais être en lui pour voir l’une des deux rencontres présaison des Blue Jays de Toronto, peut-être même les deux, tout dépend de mon budget. Et je compte bien y être le jour où le baseball renaîtra de ses cendres à Montréal, car j’y crois fermement.
D’ici là, on peut toujours rêver!

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s