Blogue-au-thon III

Génération de cruches

C’est une scène que j’ai vécue souvent dans ma vie de caissier de librairie. Un jeune, âgé de 16 ou 17 ans, vient me voir pour me laisser son curriculum vitae. Il veut travailler dans ma librairie.
Il s’approche, me tutoie comme si j’avais torché les cochons avec lui, remplis le formulaire que je lui donne, me le redonne, me laisse son curriculum vitae et repars. Une fois que celui-ci est parti, je me permets de regarder le curriculum vitae en question, rempli de fautes à un point tel que je me demande si je n’ai pas eu affaire à un analphabète. Des fautes pourtant évitables de mon point de vue de gars qui a été à l’école à une époque où l’on avait encore à cœur une qualité de français écrit.
Car c’est bien là le problème! Je me souviens, en 1999, alors que j’étudiais pour devenir un professeur que je ne suis – heureusement – jamais devenu, une réforme de l’enseignement était en début d’application. Une réforme tellement mal foutue que même les professeurs qui nous l’enseignaient à l’Université du Québec à Chicoutimi ne semblaient pas la comprendre.
Quinze ans plus tard, on voit bien ce que ça a donné. Jamais le français n’a été aussi maltraité par ces étudiants à qui on a fini par faire croire que de bien écrire sa langue, dans le fond, ce n’est pas si important que ça.
Pourtant, s’il y a bien un élément dans la fierté d’une nation, c’est bien sa langue. Une langue qu’on doit apprendre à aimer et à défendre. C’est un truc qui reviendrait aux enseignants qui sont sur la première ligne, mais faut-il les blâmer de la situation actuelle? Merci, Pauline Marois, qui était la ministre de l’Éducation à l’époque.
Négliger sa langue, c’est un peu se négliger soi-même, c’est penser qu’on n’est pas important, que nos racines et notre culture sont à ce point secondaires dans ce qu’on est qu’on pourrait croire qu’on en est gêné, alors qu’on devrait en être fier.
Nous avons la chance de parler et d’écrire une des plus belles langues de l’Univers, une langue riche, précise et variée que plusieurs organismes internationaux ont choisie comme langue officielle, comme l’ONU, l’Union économique européenne et le Mouvement olympique international.
Nous parlons une langue aux sonorités agréables, avec laquelle on peut bâtir toutes sortes d’images, faire ressentir une myriade infinie de sentiments. C’est un repère dans nos vies de francophones vivant un peu comme sur une île au beau milieu d’un océan anglo-saxon que l’on n’entretient pas assez, et si l’on continue de l’entretenir aussi mal, il risque d’être en grand danger d’extinction.
Je suis devenu oncle pour la première fois à la fin de 2013, et je le serai pour une seconde fois prochainement – si ce n’est déjà chose faite, ma sœur pouvant accoucher à tout moment —. Je donnerai à mes neveux actuels et à tout autre qui arrivera que des livres en guise de cadeaux. Je veux qu’ils apprennent vite à lire et à comprendre jusqu’à quel point leur langue peut émerveiller, mais aussi pour qu’ils voient comment écrire et comment bâtir un argumentaire.
J’ai parfois honte de mes compatriotes quand ils réagissent aux nouvelles sur les sites d’actualité. Leur argumentation boiteuse ponctuée de fautes si nombreuses que ça ne vaut même pas la peine ni de les dénombrer ni de les corriger fait passer ceux qui les émettent pour bien moins intelligent qu’ils ne le sont en réalité.
Quand j’étais jeune, ceux qui n’étaient pas bons en français faisaient rire d’eux. En cette époque où c’est presque devenu cool de mal écrire, je me demande bien ce qui a pu amener cette réalité…

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