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La guerre des tuques à Falardeau (peut-être préface d’un possible roman à venir)

Décembre 1984. C’est un vendredi avant le congé des fêtes. Pas le dernier, mais peut-être l’avant-dernier ou l’autre avant, je ne me souviens pas de ce détail.
Toujours est-il que dans la petite école primaire de Saint-David-de-Falardeau, tout le monde se prépare à un événement grandiose qui va les marquer. Pendant que les cours se donnaient en avant-midi, quelqu’un du personnel de l’école – on ne sait pas si c’est une maîtresse d’école ou une autre tierce personne – est partie en direction du cinéma de Chicoutimi pour aller chercher la bobine du film de l’heure : « La guerre des tuques » d’André Melanson.
Depuis deux semaines au moins, des pancartes tapissaient les murs de notre école primaire pour nous informer de cette projection spéciale, qui aurait lieu dans la grande salle de l’école, qui allait être transformée pour l’occasion en salle de cinéma temporaire. Avec les décorations de Noël et la proximité de plus en plus grandissante de ce congé de deux semaines, inutile de dire que l’ambiance était à la fête dans la petite école Saint-David le jour de cette mémorable projection. Asseoir 300 élèves et s’assurer que tout le monde puisse bien voir le film était une tâche colossale, mais avec un peu de rigueur, les maîtresses – c’est ainsi que l’on appelait les enseignantes à l’époque – finissaient par imposer l’ordre.
13h08, la cloche sonne et les cours d’après-midi débutent. Ou du moins, c’est ce qui se passe en temps normal. Bien que personne n’ait de cours, les élèves doivent d’abord se présenter à leur classe pour ensuite se déplacer en groupe, les élèves regroupés en paire, marchant un peu comme dans un régiment en direction de la salle, préparée pendant l’heure du midi par Alexandre Fortin, ce vaillant concierge – décédé à l’automne 2008 – qui a passé la très grande partie de sa vie à entretenir et à bichonner cette école pour qu’elle soit toujours propre comme un sou neuf.
Les fenêtres avaient été cachées par des sacs de poubelle déchirés, afin d’empêcher le Soleil de nous gâcher la vue. Des tapis – les mêmes dont on se servait en éducation physique – avaient été installés juste à l’avant des escaliers menant à la scène. Les enfants de pré-maternelle et de maternelle s’y sont assis. Quant aux autres, des chaises avaient été installées. Chaque classe s’était faite attribuer une zone, et plus les étudiants étaient avancés dans leur primaire, plus loin ils étaient de la scène. À titre d’exemple, ceux de 1ère année étaient installés derrière les tapis des pré-maternelle et maternelle, alors que ceux de 6ième année, plus grands, étaient installés dans le fond.
J’avais huit ans et j’étais en 2ième année, dans la classe d’Odette Staner. J’avais commencé l’année dans une autre classe, celle de Madeleine Tremblay dite « Mado » – mariée au frère du célèbre journaliste Réjean Tremblay – , mais on m’a transféré dans une nouvelle classe parce que je n’étais pas capable de suivre le rythme de celle dans laquelle j’ai commencé l’année. En ce début d’année scolaire 1984-1985, j’avais mal commencé pour toutes sortes de raisons, mais le changement de classe m’a été très bénéfique et j’avais repris mon allure normale en cet automne marqué par la visite du pape Jean-Paul II en sol canadien. Comme il n’y avait pas de chaîne d’information continue, la visite papale occupait presque tout l’espace à la télé, un peu comme si le monde s’était arrêté. Pendant deux semaines, il n’y a pas eu de Bobino, de Schtroumpfs, ni d’Au jeu à la télé. Ou si peu. À l’école, il arrivait même qu’on regarde à la télé les détails de cette visite, une première pour un pape en sol canadien.
Mais tout ça était derrière en cet après-midi de décembre. La salle, obscurcie par les lumières éteintes et les sacs de poubelle cachant le soleil, était remplie de ces élèves qui ne demandaient rien de plus que d’être divertis pour oublier le temps d’un film tout le travail des semaines qui ont précédé. Alors que le projecteur était installé au beau milieu de la salle et que le rideau de projection était descendu, le directeur Fernand Gaudreault – qui enseignait l’éducation physique jusqu’à l’année précédente – s’assurait que les fils reliant le projecteur au système de son de la salle fonctionnent bien, avant de prendre la parole pour une brève allocution, avant de laisser la place au film.
Je n’ai pas vu passer l’après-midi tellement j’ai été conquis par ce film, tourné pendant la semaine de relâche au mois de mars précédent dans Charlevoix. Je me souviens d’avoir été ému quand la chienne Cléo est morte sous le poids du château de neige qui s’est effondré sous elle. Je me souviens aussi de ne pas avoir été le seul, même que certains ont pleuré dans la salle.
Trente ans plus tard, quand je revois ce film, je le revois toujours avec le même œil d’enfant de huit ans que j’étais à cette époque, qui espérait une suite, qui aurait même aimé pouvoir jouer dedans.
« La guerre des tuques », c’est le genre de film qui nous ramène en enfance et qui nous réconcilie avec notre hiver. C’est un film intemporel dont l’action de 1984 pourrait très bien être reprise trente ans plus tard sans qu’elle n’en soit trop modifiée. C’est un film qui aurait aussi très bien pu être tourné dans mon Saint-David-de-Falardeau, un village exactement comme celui dans le film, une petite localité où tout le monde se connaît.
Trente ans plus tard, je suis trop vieux pour jouer dans un film du genre, d’autant plus que mes talents d’acteur sont plutôt limités. Mais je peux me reprendre sur un autre plan, celui de l’écriture. J’ai en tête une idée de roman dans lequel je ferais revivre les Comètes de Falardeau, une petite équipe atome qui réussit à se rendre loin en dépit du fait que bien des gens les regardent de haut, autant dans leur village qu’à l’extérieur. Une belle histoire d’hiver pour tout le monde, de la littérature généraliste avec un peu de nous autres dedans.
Quand j’ai commencé ma vie de caissier de librairie, j’avais sur moi un calepin dans lequel je notais quelques trucs que je pourrais raconter dans ce roman. J’ai encore ce calepin. Chaque fois que je vois « La guerre des tuques », un petit quelque chose en moi se manifeste comme pour me botter le cul pour me mettre enfin à l’écrire. Imaginez si jamais c’est un gros succès et que c’est porté à l’écran… Bon, je commence à fabuler.
Je devrais peut-être commencer à écrire, qui sait!!

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