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Balzac et ses portes de garage (David)

« Arrête de mettre mon nom dans tes statuts MSN » m’avait dit un type qui m’avait bloqué du sien à l’automne 2006. Il avait lu mon statut depuis le MSN d’une connaissance commune avec qui il se trouvait à ce moment précis.
Penaud, j’ai changé de statut sur-le-champ, parlant de je ne sais trop quel sujet, préférant obtempérer plutôt que de m’embarquer dans une engueulade virtuelle qui aurait été d’une de ces inutilités qu’on ose jamais ne voir exister.
J’avais un œil sur ce type. Je le cruisais, en vain. C’était intense autant que c’était à sens unique, car il ne voulait vraiment rien savoir de moi. Avec le recul, il avait entièrement raison de se contre-câlisser de ma personne. Je n’avais rien pour lui plaire et je l’abordais comme un ado attardé rempli de naïveté et d’inexpérience, même si le début de ma trentaine faisait en sorte que j’avais deux fois l’âge pour être un ado.
Qu’importe, il m’a marqué solidement, ce type. Ou plutôt cet amour à sens unique que j’ai éprouvé pour lui. Six ans plus tard, je me suis surpris à commencer à écrire un truc sur lui. C’est le seul qui a réussi à m’inspirer assez pour ça. Allez savoir pourquoi!
Je n’étais pas un animateur de radio fini en pleine dépression dans un appartement de Sherbrooke aussi gros qu’un garde-robe, j’étais devenu un employé de librairie en vacances à Paris.
Je ne me souviens plus si c’était le premier mardi ou mercredi que j’y ai passé, mais je me souviens d’être allé m’acheter un carnet de notes à la FNAC – un genre de Renaud-Bray local – que je me suis promis de remplir de n’importe quoi qui pouvait me passer par l’esprit.
M’inspirant d’une méthode d’écriture développée à 5500 kilomètres de là, dans le quartier Côte-des-Neiges de Montréal, je me suis déplacé dans un café parisien. Je me suis retrouvé sur Pigalle, juste en avant du Moulin Rouge. C’était une belle soirée d’automne, chaude, humide et légèrement pluvieuse. Je m’installe à une table et commence à écrire. C’est parti tout seul, un élan de prose spontanée un peu de la même façon que Kerouac procédait, sauf que je me suis arrêté après quelques minutes, un peu fâché contre moi même d’avoir ressorti des boules à mites de mon inspiration ce type que j’aurais préféré qu’il reste dans les méandres de mon oubli.
J’ai aussitôt terminé mon café, remis mon carnet dans mon sac à dos, et suis rentré à l’appartement de mon frère, deux changements de ligne de métro et une vingtaine de stations plus tard.
Je n’ai pas retouché au manuscrit avant mon retour, me disant que les sept heures d’avion allaient être assez longues pour me permettre d’écrire, pensant qu’en laissant cet élan d’inspiration indésiré se consumer à coup de crayon, que je pourrais passer à un autre sujet.
Le vieux coucou de la compagnie Corsair dans lequel j’étais – un Boeing 747 livré à United Airlines en avril 1992, vendu à Corsair en janvier 2006 et mis à la retraite par cette même compagnie quelques semaines après ce vol – était en vol depuis une heure lorsque j’ai décidé de recommencer à écrire à la suite de ce que j’avais entrepris.
J’ai repris là où j’avais laissé, me disant qu’il fallait que je trouve une façon de changer de sujet. C’est pendant un épisode de turbulences qui m’ont terrifié – l’inexpérience de l’avion aidant – que j’ai trouvé de quelle façon j’allais me débarrasser de cette patate chaude, simplement en trouvant un point commun entre cette dernière et un autre.
Ce point en commun était le Bas-du-Fleuve, que j’allais survoler, là d’où sont originaires les parents de Jack Kerouac, et tout de suite après, je me suis mis à divaguer sur son entrevue au Sel de la semaine, à Radio-Canada, avec Fernand Seguin, en mars 1967, un peu plus de deux ans avant sa mort, survenue en octobre 1969, à l’âge de seulement 47 ans.
Merci Jack de m’avoir sorti de l’emprise de ce monstre du passé… Je t’en dois une!
Ça m’a fait penser à une scène survenue quelques jours auparavant, au cimetière du Père-Lachaise, en pleine conversation avec Honoré de Balzac. Moi : Honoré, tu as déjà fait des portes de garage, toi?. Balzac : Non. Mais qu’est-ce-que c’est que ce truc? Moi : Ça n’a pas d’importance. Toujours est-il que, par chez moi, au Saguenay, il y a un commerce de Chicoutimi qui se nomme « Les portes Balzac. »
Hébété, Balzac me regardait en me disant dans son regard un certain « What the f***?! », se demandant quel est le rapport de voir son nom relié à un commerce du genre.
Je me pose encore la question…

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