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Vortex polaire et moumounerie collective

Vendredi 23 novembre 1990. J’ai 14 ans et je suis un étudiant de 2e secondaire à l’École secondaire Charles-Gravel de Chicoutimi-Nord. Chaque matin, je dois me lever vers six heures du matin pour ne pas rater l’autobus qui passe devant chez moi cinquante minutes plus tard. Ce matin-là, il fait froid. Presque comme un matin de janvier. Le mercure indique -23 degrés Celsius et il vente légèrement. Léger prélude à un hiver qui ne commencera pourtant que dans un mois environ.
Mais l’ado que j’étais n’aime pas aller à l’école et déteste encore plus devoir se lever si tôt pour s’emmerder à longueur de journée. Chaque matin, il prolonge son sommeil de dix, quinze, vingt minutes avant de s’habiller de façon minimaliste, de se faire un sous-marin à la sauvette, de prendre une canette de Pepsi et un gâteau Vachon, de placer le tout dans un sac, de s’habiller pour affronter le dehors et d’attendre l’autobus.
Sauf que ce matin-là, Ti-Jean aurait préféré rester couché au lit, à écouter le zoo de CFIX-FM animé par Carl Bernier et Stéphane « Stage » Lacroix. Il a prolongé son sommeil jusqu’à ce qu’il remarque qu’il est 6 h 40 et qu’il n’est pas habillé et qu’il n’a rien de prêt. S’habillant à vive allure et se faisant un lunch à la même vitesse, il était en train d’enfiler sa dernière botte lorsque – oh! tragédie suprême! — l’autobus passe sans s’arrêter devant chez lui.
Si Ti-Jean avait été un gars de Chicoutimi-Nord, il aurait pu se rendre à l’école d’une autre façon, chose qui n’est pas toujours évidente lorsqu’on demeure dans un rang, et qu’on se trouve à plus de 25 kilomètres de son école secondaire. La maman de Ti-Jean, la colère dans l’œil, s’habillât elle aussi et décida, à contrecœur, de se taper un aller-retour complet entre la maison familiale et l’école secondaire de son fiston, laissant les autres membres de la famille s’arranger avec leurs troubles.
Il faisait froid comme en janvier, et malgré tout, la vie continuait quand même. Personne ne nous cassait les oreilles avec le vortex polaire. On sait tous, à nos latitudes, qu’il arrive parfois que novembre se prenne pour janvier, comme il arrive aussi des fois qu’avril se prenne pour juillet. Sauf que quand ça arrive, bien peu s’en plaignent.
C’était il y a presque un quart de siècle. Maintenant, il me semble que notre épiderme se hérisse à l’énonciation de la moindre possibilité qu’il fasse le moindrement plus froid que ce à quoi nous sommes habitués, comme si cela ne s’était jamais produit avant.
Sommes-nous devenus moumounes à ce point? Je crois bien que oui! Pourtant, l’hiver fait autant partie de notre climat qu’il fait partie de nous en tant que peuple, alors pourquoi le fuir? Pourquoi maudire Jacques Cartier d’être arrivé en Gaspésie plutôt qu’en République Dominicaine?
Il va faire froid l’hiver prochain et il va neiger, que cela nous plaise ou non. Il va faire froid et il va neiger comme il a fait froid et il a neigé l’année dernière et l’autre année d’avant. Il en sera ainsi l’hiver de l’an prochain et celui qui suivra, et ainsi de suite.
Je regarde les gens paniquer sur les réseaux sociaux à l’approche du froid et j’ai parfois l’envie d’en rire et d’en pleurer. Nos récriminations ne changeront rien à la situation, aussi fort qu’on puisse l’exécrer de nos insultes pimentées de nos jurons ostentatoires.
J’aime braver l’hiver. Je marche quand même dehors, qu’il neige ou fasse froid. Je ferais même du ski si j’en avais les moyens. Qu’il fasse -30 ou quelques degrés au-dessus du point de congélation, nous n’avons qu’à mieux nous habiller.
Cela coûte moins cher qu’un forfait tout inclus dans un pays communiste nommé Cuba qui présente une illusion à ceux qui le visitent, un peu comme s’ils allaient visiter la Corée du Porc, et dont certains de ses habitants sont prêts à tout pour avoir un passeport qui leur permettrait de vivre dans un pays plus évolué que le leur, un peu comme cette mamy de 70 ans qui pensait que le mec de 29 ans qu’elle mariait l’aimait vraiment pour ce qu’elle est et non pour la chance qu’elle lui donne, en l’épousant, de troquer son passeport cubain pour un canadien.
Ah! ce que la naïveté du petit monde peut me laisser pantois parfois!
Qu’importe, on aura un bel hiver qui tonifiera nos esprits et ravigotera nos poumons. Et au diable le vortex polaire, qui n’est dans le fond qu’une excuse pour valoriser la sédentarité de ceux qui se cachent des soubresauts de la nature. Comme le facteur humidex, dans le fond…

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