Blogue au thon

Exil en Ontario – un extrait

C’est un soir où mon esprit a besoin de prendre du repos. Donc, pour continuer d’alimenter ce blogue, voici un bref extrait d’un récit que j’ai amorcé d’écrire en 2009 et qui est resté en suspens. J’entends bien terminer le tout un de ces jours et le faire publier. C’est inspiré de mon séjour d’un an à Kapuskasing, sympathique hameau francophone de 8500 habitants situé dans le nord de l’Ontario, où je suis allé faire de la radio il y a de ça une dizaine d’années.
Quand je dis aux gens que j’ai fait de la radio en Ontario, beaucoup pensent que je l’ai fait dans le sud de la province, dans un endroit à très forte majorité anglophone, ce qui est faux. Je l’ai fait dans un des derniers recoins francophones de la province, un endroit où le français est en danger constant, mais où les gens résistent du mieux qu’ils peuvent pour y faire survivre notre langue et leur culture, que l’on a tendance à oublier au Québec. Mon récit se veut une façon de leur rendre hommage et de les saluer dans leur résistance.
En voici un extrait…
26 décembre 2004. Il fait un froid extrême en ce dimanche matin, à Kapuskasing, cette petite ville du nord de l’Ontario, à 1500 kilomètres au nord-ouest de Montréal, où je demeure depuis la mi-avril 2004.

À la télévision ce matin-là jouait les premières images d’un drame horrible dont l’horreur commençait à se révéler au monde entier. Pendant la nuit précédente (à notre heure), un des plus forts séismes jamais enregistrés a provoqué un tsunami en Asie du Sud-est dont les effets se sont fait ressentir sur des milliers de kilomètres de littoral, et dont le bilan allait se chiffrer quelques semaines plus tard à près de 300 000 morts. Ce cataclysme naturel allait par conséquent s’inscrire parmi les plus meurtriers de l’Histoire.

De mon côté, je me préparais à aller mettre la messe du dimanche en ondes, ce qui n’allait prendre qu’une heure de mon temps. Ce rituel faisait partie de temps en temps de l’horaire de chaque animateur de CKGN, où il n’y avait pas d’animateur de fin de semaine. Au moins un week-end par mois, chaque animateur doit animer le samedi de 9h à 12h l’émission de demandes spéciales, suivies du décompte de 12h à 16h, et de la mise en ondes du bingo, de 16h à 17h, en plus de la programmation des “playlists” musicales qui doivent jouer en ondes jusqu’au lendemain matin, 10h. Le dimanche, l’animateur de service pour la fin de semaine se présente vers 10h pour assurer la mise en ondes de la messe dominicale. Pendant la célébration, l’animateur doit redémarrer les ordinateurs des studios de mise en ondes et de production, avant de monter la programmation qui jouera en ondes jusqu’au lendemain matin 6h, où l’animateur matinal reprendra le collier pour une autre semaine de radio à l’antenne de CKGN.

Tout ce rituel était en place jusqu’à la fin novembre précédente. La station, ayant eu à faire face à un manque imprévu d’argent, décida de supprimer un poste. Chanceux comme je l’ai été depuis le début de ma carrière, c’est moi qui écopai, même si j’étais l’animateur le plus expérimenté de la station. Ne désirant pas revenir vivre chez mes parents, j’ai décidé de rester à Kapuskasing jusqu’à ce que je me retrouve quelque chose d’autre dans le monde de la radio. Heureusement, la direction de la radio m’offrit de faire les samedis et les dimanches, tout en me confiant de temps en temps quelques publicités à réaliser pour certains clients importants de la station. Cela me faisait de longues semaines à ne rien faire chez moi sauf préparer mes publicités, que je rédigeais à la maison, et que je faisais approuver par le client avant de les enregistrer.

Comme nous étions juste avant la période des fêtes lorsque la décision fatidique fut prise, je n’ai donc pas manqué de travail avec l’enregistrement de voeux de Noël et de commerciaux pour des bons clients de la station. Parmi ceux-là, j’aimais beaucoup faire affaire avec les gens de Kap Furniture, qui me faisaient confiance et qui me laissaient toute la marge de manoeuvre requise pour leur faire des publicités accrocheuses et non conventionnelles. L’une d’elles dont je me souviens le plus avait été enregistrée un mercredi soir, après avoir animé une édition de “Sports Addict” avec le directeur de l’école secondaire La Cité des Jeunes. J’avais convaincu la propriétaire de Kap Furniture de venir enregistrer l’annonce avec moi, qui jouait le rôle du Père Noël. Le lendemain matin, l’annonce commençait à jouer. Il faut dire que je me prenais toujours à la dernière minute, même que certains commerciaux ont été enregistrés à deux heures du matin la journée où ils étaient programmés pour jouer en ondes.

Mais pour en revenir en ce matin glacial du 26 décembre 2004, disons qu’il était froid comme l’a été l’hiver dans ce coin de pays. Avec un mercure avoisinant les -36 degrés (sans les vents), je me devais d’aller travailler une petite heure afin que la messe du dimanche soit en ondes. Étant habillé très modestement et n’ayant pas commencé à recevoir mes prestations de chômage – deux semaines d’attente obligent – , je suis donc parti à pied de chez moi pour me rendre à la station.

Ce trajet, je l’ai fait à plusieurs dizaines d’occasions depuis que j’avais emménagé dans mon appartement, au début du mois de juillet précédent. Je demeurais sur la rue Cherry, perpendiculaire au chemin Brunetville, proche du Model City Mall, le centre d’achats local. Faire cette randonnée d’une vingtaine de minutes avait quelque chose de particulier selon la saison où je la faisais. En été, du moins jusqu’à la mi-juillet, il m’arrivait même d’aller travailler tôt le matin à la station habillé de ma grosse veste d’hiver malgré la chaleur. Il faut dire que malgré le fait que cette dernière m’ait fait suer dans tous les sens du terme, elle fût un rempart de choix contre les maringouins typiques de cette région nordique, aussi grands en nombre que physiquement. Une fois la saison des maringouins terminée, on pouvait voir des animaux s’aventurer hors des bois. Je ne comptais plus le nombre de fois où j’ai dû changer de trottoir pour éviter de me retrouver face à face avec une mouffette, un coyote ou un renard. Avec le temps, leur présence ne m’intimidait plus, même que je la trouvais agréable. J’aimais bien contempler – de loin – ces animaux, si mignons avec leurs bébés.

N’ayant pas de voiture à l’époque, ce périple faisait partie de mes journées. Je descendais la rue Cherry pour aller rejoindre le chemin Brunetville que je parcourais en direction est, passant devant un terrain de balle et un dépanneur. Je tournais ensuite vers le sud en empruntant la rue Erickson, perpendiculaire au Chemin Brunelle où se trouvait la station. Je préférais marcher sur Erickson puisqu’elle me permettait de rejoindre mon lieu de travail, mais il m’arrivait parfois de continuer sur Brunetville pour aller rejoindre le Chemin Brunelle, justement là où se trouve le premier appartement dans lequel j’ai vécu à mon arrivée dans le nord de l’Ontario.

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