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Le Jack Kerouac de la radio

Je n’ai jamais parlé de radio sur ce blogue pour plusieurs raisons, la principale étant que ma vie m’a mené ailleurs que devant un micro, m’éloignant de tout ce qui se passe dans cette industrie qui a été mon gagne-pain pendant huit années de ma vie.
Je n’ai tout de même pas été éloigné si loin que ça, étant encore en contact via les réseaux sociaux avec plein d’anciens collègues ou de connaissances que mon parcours d’animateur radiophonique a mises sur mon chemin.
Que m’a laissé cette carrière que j’ai eue? D’abord une voix, qui restera jusqu’à ce que la main invisible du Destin m’ordonne qu’elle se taise. Ensuite, des souvenirs et surtout du millage. J’ai d’abord fait de la radio de centre social au Cégep de Chicoutimi dès la session d’automne 1994, chose qui s’est poursuivie jusqu’en décembre 1996, où j’ai fini mes sciences humaines pas de maths, me contentant de seulement passer mes cours avec la note limite.
Vinrent ensuite l’Université, ou plutôt plusieurs tentatives d’études universitaires qui n’ont pas encore été achevées à ce jour. En janvier 1997, j’ai fait une émission à la radio de centre social de l’Université du Québec à Chicoutimi, démissionnant en ondes après cette seule représentation de mon émission radiophonique. Un silence radio opéra de ce jour jusqu’en septembre 1998, entrecoupé d’une année en communications à l’Université Laval qui s’est révélée en véritable fiasco scolaire. Je suis revenu donc à l’UQAC en septembre 1998, pensant que je ferais de moi un professeur de géographie au secondaire. Rapidement, le naturel est revenu au galop et la radio et le journal étudiants furent mes cours préférés, me contentant encore une fois de passer le reste et même de pocher un cours!
Ma deuxième année en enseignement a marqué une cassure entre moi et l’enseignement, réalisant que je n’y étais pas du tout à ma place. En stage à l’école Laure-Conan de Chicoutimi, je devais intéresser des jeunes de troisième secondaire à la culture du blé en Saskatchewan alors que je m’en contre-câlissait à peu près autant qu’eux, qui me lançaient des avions de papier, leur ordonnant d’arrêter alors que j’étais plutôt fait pour en lancer avec eux.
Puis arriva le 24 mai 2000. Cet après-midi-là, je fignolais un démo sur cassette dans les locaux de la radio de l’UQAC. Avant de quitter, j’ai croisé Monique L’hostie, une enseignante que j’avais eue l’hiver précédent, et qui avait donné un cours intéressant. Je l’ai saluée avant de sauter dans la voiture de mes parents.
J’avais un peu de temps devant moi en ce beau mercredi ensoleillé, mais frais. J’avais décidé de me promener un peu en écoutant NRJ 94,5, qui se nommait encore CJAB-FM dans le temps. Il était passé 16 h 30 et l’animateur Évans Bergeron présentait les nouvelles lues par son collègue journaliste Réjean Miousse. Alors que ce dernier lisait les manchettes marquantes de la journée, j’étais sur le boulevard du Royaume à Jonquière, à l’intersection de la rue Mathias, m’apprêtant à tourner à gauche pour emprunter cette artère. Derrière moi, un Dodge Ram de l’année conduit par un type de Lac-Kénogami qui transportait des planches dans la boîte de sa camionnette.
Je me suis engagé sur la rue Mathias en direction sud. Réalisant l’heure de plus en plus tardive et me souvenant que mon petit frère Pierre avait besoin de la voiture pour aller travailler au défunt Marché Richelieu de Falardeau – converti depuis en Intermarché —, je recherche une entrée pour me tourner afin de revenir vers Falardeau. Tout de suite après en avoir remarqué une, j’ai mis le clignotant et c’est à partir de ce moment qu’un black-out de 30 à 45 minutes a commencé dans ma tête.
À mon réveil, j’avais le volant dans les mains et de la vitre cassée un peu partout, ayant réalisé après quelques longs instants que j’avais eu un accident d’automobile. Le conducteur de la Dodge Ram, ne m’ayant pas vu clignoter, avait commencé à me dépasser alors que je tournais à gauche à un endroit où la ligne était double. Le camion m’a ramassé par le côté pour ensuite, selon les policiers, me retourner sur le toit dans le fossé, avant de me grimper dessus. Avant mon réveil, une remorqueuse a tiré la camionnette de sa position et c’est peu après que la même remorqueuse ait remis à l’endroit le restant de voiture dans lequel j’étais.
Peu après mon réveil, un ambulancier est venu me caresser une jambe. Il ne voulait pas me faire d’avances, mais plutôt s’assurer que j’avais des sensations à mes jambes, sensation que j’ai éprouvée et qui m’a rassuré de savoir que je n’avais pas la colonne vertébrale fracturée. Les mâchoires de survie ont aidé les ambulanciers à m’extirper du restant de Ford Escort pour ensuite m’amener en ambulance à l’Hôpital de Chicoutimi, où j’ai passé une semaine à regarder les Pokémon et le hockey. J’ai eu deux orgasmes à l’hôpital : le premier quand j’ai vu Eric Lindros se faire renverser cul par-dessus tête par Scott Stevens – la vie rendait du coup à Lindros toute la merde qu’il a dite sur Québec dans sa fanfaronnade survenue huit ans plus tôt, quand il avait refusé de se joindre aux Nordiques – et le deuxième quand j’en suis sorti, car la nourriture était si atroce que le sandwich Subway que je me suis acheté en sortant fut englouti dans le temps de le dire.
Une longue convalescence de six mois commença, ma caboche endolorie qui a résonné comme un gong pendant un bon deux ans m’indisposa assez pour ne pas que je retourne à l’école à l’automne 2000. Ayant toujours voulu gagner ma vie avec ma plume et ma voix, j’ai profité du momentum que m’a donné le fait d’avoir vu la mort de près pour me lancer corps et âme dans cette aventure, évitant à des centaines d’élèves d’avoir à endurer un professeur déprimant et désintéressé qui n’aurait fait qu’inciter les décrocheurs potentiels à décrocher pour de bon! Je me suis aussitôt lancé dans l’aventure d’un site web que j’entretenais moi-même, une espèce de blogue avant que ça se nomme ainsi. J’y critiquais des disques, y écrivait divers éditoriaux sans trop me prendre au sérieux, m’assurant du même coup que ça ne vaille pas la peine d’être pris au sérieux. J’y ai rajouté aussi un démo transféré d’une cassette, enregistré à la radio étudiante de l’UQAC, où j’animais chaque lundi après-midi – malgré la sabbatique – l’émission « Bonjour les chaises », baptisée ainsi car le centre social de l’UQAC était plutôt désert à ce moment-ci de la journée.
Puis vint la session d’hiver 2001, où j’avais officiellement troqué mon baccalauréat en enseignement au secondaire en baccalauréat en géographie et aménagement. Ce fut ma dernière session à temps plein à l’UQAC, car j’avais commencé à faire de la vraie radio, mes démarches m’ayant amené au micro de CKAJ-FM, où j’ai fait partie de la première équipe qui a animé le magazine culturel Radi-Arts, toujours en ondes aujourd’hui après 13 ans d’existence. J’y critiquais des disques et des livres, en plus d’assurer la mise en ondes de l’émission et des autres qui ont suivi, qui parlait de jazz, de musique du monde, d’histoire et de généalogie. Ayant été refusé à trois reprises au programme d’Art et Technologie des Médias du Cégep de Jonquière, j’ai compris qu’il fallait que je m’arrange autrement pour apprendre les rudiments du métier d’animateur radiophonique. De plus, j’avais envie d’aller vivre à l’extérieur de ma région natale. Indemnité de la SAAQ aidant, je me suis établi pour la première fois dans la région de Montréal le 24 août 2001. J’allais suivre le cours de radio de l’école privée de Stéphan Roy, qui a une feuille de route plus que bien garnie en radio et en formation.
J’ai occupé mon premier appartement, un deux-pièces et demi, rue Notre-Dame-de-Grâces, à Longueuil. Pour vivre, je faisais le trajet en métro soir et matin jusqu’à Ville Saint-Laurent, pour prendre des commandes au téléphone pour Sears, où j’ai été engagé le lendemain des attentats du 11 septembre 2001, lesquels allaient engendrer des perturbations économiques qui m’ont fait perdre mon emploi juste avant Noël. Mais je n’allais pas rester sans emploi bien longtemps, puisqu’une radio où j’allais faire des stages, CHOC-FM à Saint-Rémi, m’avait engagé comme animateur du matin dès le mois de janvier 2002, emploi que je n’occupai que cinq semaines au bout desquelles j’ai été congédié, faute de moyens. Dépressif et n’ayant pas assez d’heures travaillées pour obtenir mon chômage, je me suis résigné à demander l’aide sociale, qui me fut refusée. Heureusement, une amie faisant un stage dans un Réno-Dépôt m’y fit engager et, bien que j’en aie été congédié après un mois, je reprenais le dessus, travaillant ensuite dans une maison de sondages et pour une compagnie qui offrait des liaisons par hydroglisseurs entre Montréal, Trois-Rivières et Québec. Parallèlement à tout ça, j’animais bénévolement le décompte hebdomadaire à la station CHAI-FM de Châteauguay tout en continuant mes démarches dans le but de trouver un vrai emploi. Cela m’a même poussé à participer à la Relève Énergie Menthos, que j’avais pourtant dénoncée dans un texte soi-disant incendiaire. Les deux qui ont fini premiers – que je connais très bien – mènent encore une carrière fort respectable, tandis que moi, ayant fini quelque part au 582e rang, j’ai réussi par me placer à CHVD, à Dolbeau-Mistassini, dans un coin de ma région où je n’étais allé qu’une seule fois, lors d’une visite scolaire au primaire où le conducteur d’autobus s’était perdu dans cette ville pourtant pas si grande que cela. Mais c’est une ville que j’ai appréciée dès le début, me logeant temporairement chez une dame, me nourrissant de Big Macs en promotion à 99 cents, de Red Champagne et de Pepsi Bleu, avant d’emménager dans un sous-sol de la rue des Mélèzes, à cinq minutes de marche de mon lieu de travail. D’août 2002 au 11 septembre 2003, j’y ai animé surtout les fins de semaine, remplaçant aussi mes collègues quand ils étaient malades ou en vacances, manipulant le vieux logiciel de programmation RCS, où mon manque de maîtrise au début faisait parfois partir une chanson au milieu de mes interventions, me valant quelques pointes humoristiques et pas méchantes du tout de M. Leclerc, un personnage coloré et authentique qui était copropriétaire de ma station et de quelques autres au Lac-Saint-Jean.
En septembre 2003, je suis retourné vivre chez mes parents, étant muté à la station KYK-FM d’Alma, où j’ai animé la fin de semaine jusqu’en avril 2004. Je me souviendrai toujours de mon premier dimanche matin à KYK, ayant croisé un couguar sur le chemin de la Bleuetière à Falardeau. La bête est passée une centaine de pieds devant moi, s’est arrêtée, s’est tournée et les phares ont fait réfléchir son regard d’une façon particulière avant que le félin ne reprenne sa route. C’était à cet endroit aussi que je me suis enlisé un matin de tempête et que j’ai du réveiller un collègue pour qu’il me remplace à pied levés, un samedi matin vers cinq heures.
Quand le printemps est arrivé, la station avait deux jeunes stagiaires en Art et Technologie des Médias qui venaient m’observer faire mon travail, le premier le samedi, l’autre le dimanche. Me doutant que mes heures dans cette station étaient comptées, j’ai donné ma candidature à un poste d’animateur dans le nord de l’Ontario, à Kapuskasing. Le 26 mars au soir, j’ai reçu un coup de téléphone du directeur général de cette station pour m’informer de mon embauche. J’avais posé ma candidature à un emploi à cet endroit en septembre précédent, mais j’avais préféré rester à KYK-FM pour savoir jusqu’où ça me mènerait. Ils avaient engagé à ma place un gars du Témiscamingue qui n’a pas fait long feu et dont je ne me souviens pas du nom puisque je ne l’ai jamais rencontré. C’était pour le remplacer qu’ils avaient ouvert un poste et cette fois-ci a été la bonne. J’avais d’ailleurs amorcé ma lettre de présentation par la phrase – écrite en caractères gras, souligné et en italique — « Cette fois-ci, c’est la bonne! »
J’ai animé ma dernière journée à KYK le lundi de Pâques 2004. Dès le lendemain, j’ai commencé un long périple vers Kapuskasing, au volant d’une voiture que j’avais achetée au début du mois précédent. Mon Dodge Shadow 1992 ne m’avait pas coûté très cher, mais avait plus de 225 000 kilomètres au compteur et sentait le vieux mononcle fumeur. C’était cependant ma planche de sortie vers un emploi à temps plein dans une région à découvrir dont le charme était qu’elle était plus loin que jamais je n’avais été de ma vie.
Ma voiture avait un vilain défaut : elle consumait son huile à mesure, de sorte qu’il me fallait tout le temps lui en ajouter. À chaque arrêt se soulevait un nuage noir émanant du moteur. Il était évident que cette voiture n’en avait plus pour bien longtemps encore, mais elle a survécu assez longtemps pour me permettre d’arriver à Kapuskasing, le jeudi en après-midi. La veille, apprenant à mon nouveau patron que j’arriverais en après-midi plutôt que le soir même, ce dernier a eu envie de m’ordonner de m’en retourner chez moi, n’en pouvant plus de mes récriminations concernant l’état de ma voiture. Une fois arrivé, il a vite constaté en la voyant qu’il fallait mieux que je prenne mon temps. C’est d’ailleurs dans le stationnement de la radio, trois semaines plus tard, que la voiture a rendu son dernier souffle. Un mécanicien de l’endroit m’a signifié que mon tacot avait besoin d’un nouveau moteur pour pouvoir continuer. N’ayant pas l’argent pour une dépense si grande, j’ai décidé sur-le-champ de la mettre à la ferraille pour un modeste 50 $.
Malgré tout, l’aventure nord-ontarienne fut l’une des parties les plus enrichissantes de ma carrière. Je pouvais bafouiller à profusion au micro sans avoir sur les épaules la pression de travailler dans un grand marché. J’ai découvert à cet endroit dans une province anglophone des francophones fiers de leurs racines françaises et de la riche culture qui en est issue. Aller faire de la radio à cet endroit était une façon bien modeste de contribuer à leur perpétuelle bataille pour préserver le fait français, où aucune loi ne le protège. La fin de l’aventure a été cependant décevante, ayant vu mon poste coupé suite à l’échec rencontré par un spectacle de Michèle Richard qui n’a attiré que 150 personnes au lieu des 600 attendues. Je continuais cependant d’animer la fin de semaine et de mettre la messe en ondes le dimanche, chose que j’ai faite jusqu’au dimanche 6 mars, où j’ai travaillé pour la dernière fois à Kapuskasing. Je n’ai pas dû partir en raison d’un nouvel emploi, mais plutôt en raison d’une bataille menée depuis trois ans contre la Société d’Assurance-Automobile du Québec dont la conclusion allait se jouer en mars à Montréal. Finalement, la SAAQ a abdiqué sans qu’il n’y ait eu procès. Mais je voulais repartir à neuf. Être si longtemps sans voiture dans un endroit si lointain finit par miner le moral, même si les kapuskassois ont été merveilleux pour moi.
C’est ainsi donc que le mardi 8 mars 2005, je suis parti au volant d’un camion U-Haul en direction de Montréal, où je laisserais mes meubles dans un entrepôt situé près d’où j’allais emménager un peu plus de deux ans après. Ce fut un long roadtrip fort agréable où j’ai décidé de passer par deux endroits où je n’étais encore jamais allé : Timmins et l’Abitibi. Parti de Kapuskasing à huit heures du matin par une journée ensoleillée, mais froide de lendemain de tempête – je devais partir initialement le lundi —, j’empruntai la Transcanadienne 11, un long ruban d’asphalte qui part de Toronto et va jusqu’au Minnesota en passant par le nord de la province. Rendu à Driftwood, j’ai quitté la 11 pour rejoindre la 655, la route la plus mortellement ennuyeuse sur laquelle je n’ai jamais conduit de ma vie. Un long ruban d’asphalte qui s’étire à l’infini sur des dizaines de kilomètres presque sans courbe jusqu’à ce que j’arrive à Timmins, où je devais déposer de l’argent dans un de mes comptes de banque d’une institution qui n’avait pas de succursale à Kapuskasing. Après le dépôt, j’ai emprunté la route 101 qui m’a permis de rejoindre la transcanadienne, que j’ai suivie pendant deux heures jusqu’à ce que j’arrive aux environs de Kirkland Lake, où j’ai abouti sur la route 66 qui devient la 117 une fois franchie la frontière québécoise, ce qui fut fait vers 14 h 8 ce jour-là.
Ensuite, ce fut Rouyn-Noranda, Val-d’Or – le temps de souper – et le Parc de La Vérendrye, une autre route mortellement ennuyeuse. C’est en fin de soirée que je gagnai Mont-Laurier, d’où je suis reparti le lendemain matin pour arriver à Montréal en début d’après-midi, laissant mes trucs dans un entrepôt et repartant au Saguenay avec le strict minimum, quelques jours plus tard.
Le jeudi 5 mai 2005 sera à jamais gravé dans ma mémoire. Ce jour-là, les quelques milliers de dollars gagnés contre la SAAQ étaient déposés dans mon compte de banque, et deux stations m’ont offert des emplois à trente minutes d’intervalle. C’est équipé de ma première vraie voiture que j’ai pris la route de Rivière-du-Loup en juin 2005 pour y travailler à titre de producteur et d’animateur. J’y ai vécu le plus bel été de ma carrière radiophonique. La musique était bonne, les promenades en voiture étaient merveilleuses, je vivrais une ivresse qui me laissait croire naïvement que j’étais enfin parti pour de bon dans le bon sens. C’était avant que n’arrive le temps des fêtes, où j’ai réalisé que je n’étais pas du tout fait pour le rôle de producteur. Ayant accepté d’être payé à la semaine et non à l’heure pour mes fonctions de producteur, j’ai réalisé que ce prix me coûtait cher pour tout ce temps que je consacrais au studio à faire une besogne que j’aimais de moins en moins et pour laquelle je n’étais visiblement pas fait, et ça se sentait en ondes quand mes productions passaient à la radio.
Une fois passés l’ouragan des fêtes et sa surcharge de travail, j’ai commencé à me sentir mal et déprimé, mais je tenais quand même le fort, étant malgré tout satisfait du travail accompli et avec l’impression que mon contrat allait être renouvelé… ce qui ne fut pas le cas! Le 8 mars 2006, journée où le pionnier du country québécois Édouard Castonguay poussait son dernier souffle, j’apprenais froidement en ce mercredi, vers 17 h 30, que mon contrat n’était pas renouvelé et que mon dernier jour de travail allait être le vendredi de cette semaine-là.
J’ai donc terminé la semaine en montrant minimalement quelques trucs à une collègue avant de lui refiler le flambeau. Mes patrons louperivois ont été gentils dans les circonstances, et m’ont donné l’autorisation d’utiliser le studio pendant la fin de semaine pour me monter un nouveau démo, puisqu’une recherche d’emploi allait débuter.
L’année 2006 en a été une de mortalités. Elle a commencé par le décès de ma grand-mère paternelle, qui avait eu 90 ans le jour de Noël 2005. Par la suite, ce fut mon cousin Dominic qui mourut d’une infection au cerveau, un mois à peine après avoir fêté son seizième anniversaire. J’avais moi-même un peu la mort dans l’âme, désireux de prendre une longue pause et un long recul à l’aube de mes trente ans. J’encaissais mon chômage à Rivière-du-Loup, dans cet appartement de la Côte-Saint-Jacques où le trafic ne cesse jamais, en raison du fait que la Côte-Saint-Jacques fait partie de la route 132 et que l’échangeur de l’autoroute 20 soit à quelques kilomètres de chez moi. Je n’avais comme compagnon qu’un vieil ordinateur et mes rencontres du Club Oratoire Toastmasters de Rivière-du-Loup, où j’ai connu un tas de gens gentils. C’était ma seule vie sociale, moi qui vivais presque en réclusion volontaire.
J’avais envie de traverser le Canada sur le pouce une fois mon bail à Rivière-du-Loup terminé, et de recommencer à me chercher du travail une fois ce voyage accompli. Seulement, juste pour me tester, j’avais vu une offre d’emploi à Rock-Détente en Estrie. J’y envoie mon démo et mon curriculum vitae, pensant que jamais on ne m’appellerait. Pourtant, on m’a appelé et convoqué en entrevue, qui s’est bien déroulée. Je repars de Sherbrooke avec la certitude que je n’aurai pas ce poste, ne me sentant pas assez en forme de toute façon pour occuper l’emploi.
Le mardi suivant, je quitte mon appartement pour aller faire quelques emplettes. À mon retour, mon cellulaire – que je n’avais pas traîné avec moi – et mon téléphone régulier m’indiquaient que des messages m’attendaient. Sur le cellulaire, un message du directeur des programmes de Rock-Détente Sherbrooke, qui a aussi laissé un message sur mon téléphone régulier, où ma mère et ma sœur avaient aussi appelé pour me signaler que le patron de Sherbrooke avait aussi téléphoné à Falardeau, où il pensait que j’étais. Dans mon scénario initial, j’avais décidé de décliner l’emploi si je l’avais décroché, pour une simple question d’hygiène mentale, n’ayant postulé à cet endroit que dans le but de me tester pour plus tard, quand j’aurai estimé que je suis prêt à revenir. Mais sachant que ma mère écoute Rock-Détente et qu’elle n’aurait pas aimé que je décline une offre venant d’eux, c’est un peu à contrecœur que j’ai accepté quand même de me jeter dans la gueule du loup.
L’expérience sherbrookoise avait pourtant bien commencé, mais c’est quand j’ai accepté d’animer l’émission du matin que la sauce s’est rapidement gâtée à un niveau où elle est devenue irrécupérable. Nouveau dans une ville où je n’avais pas encore établi mes repères, avec des collègues que je n’avais pas encore eu le temps de bien connaître et distrait par plein de choses extérieures à la radio à un moment où j’avais accepté un mandat trop lourd pour mes capacités du moment, la pression est devenue telle que le mardi 18 juillet 2006 fut le plus long matin de toute ma vie. J’étais totalement désorganisé, je bafouillais comme jamais, j’avais l’air d’Eric Lindros après qu’il se soit fait frapper par Scott Stevens quelques années auparavant. La dépression qui, jusque-là me rôdait autour, a décidé à ce moment-ci de sauter dans la mêlée, me faisant perdre la face et mes moyens dans les oreilles de dizaines de milliers d’auditeurs.
J’ai été chanceux dans ma malchance, puisque mon patron a décidé de me muter à la mise en ondes de l’émission. Si ça avait été un autre, j’aurais sans doute été congédié sur-le-champ, ce qui fut pourtant fait à la fin de l’été. N’ayant pas eu le courage de dire non et de revenir dans une meilleure forme plus tard, j’ai accepté un mandat trop lourd pour ma condition et j’ai couru à ma perte. Ma carrière en radio n’a plus jamais été la même par la suite.
Après être resté un an à Sherbrooke où je suis retourné à l’école et où la fin de mon chômage m’a contraint à travailler comme caissier dans une quincaillerie, c’est le 31 août 2007 que j’emménage à Ville Mont-Royal, en raison du fait que la poursuite de mon retour aux études se transportait du côté de l’Université de Montréal. Pour me changer les idées, je profitai du fait que j’avais encore ma voiture pour aller faire un peu de radio bénévolement à CHOC-FM à Saint-Rémi, avant de compléter ce qui a été mon dernier contrat radiophonique à vie, à KYK-FM, où j’allais faire un dernier tour de piste en faisant un contrat de remplacement estival en journalisme et en animation.
Début juin 2008, Hugo Dumas du journal La Presse publie un article sur les dommages de l’arrivée de nouvelles vedettes dans le monde de la radio. Ayant encore sur le cœur mon expérience sherbrookoise, mais n’ayant pas encore pris assez de recul là-dessus, je saisis mon portable et rédige en vingt minutes une diatribe que je veux faire publier dans le courrier des lecteurs. Je n’ai pas de nouvelles de La Presse avant le mois de septembre suivant. Ils me disent qu’ils sont intéressés par ma lettre – que je n’avais pas titrée! Grave erreur! — et qu’ils la gardent en réserve pour publication ultérieure. Ils veulent cependant me prendre en photo, ce que j’ai accepté. C’est un mardi après-midi de septembre 2008 que la photo est prise dans un studio de La Presse Télé, et ma lettre a été publiée, avec le titre « Tassé par une vedette » — ce qui n’était pas le cas du tout – dans l’édition du samedi 1er novembre 2008. Cette lettre est la raison principale pour laquelle je n’ai plus jamais refait de radio depuis.
Cinq ans plus tard, je me dis que le fruit de ce défoulement de vingt minutes aurait tout aussi bien dû rester dans mon ordinateur, au mieux n’être qu’un courriel acheminé à Hugo Dumas. Cette lettre m’a placé dans une position de vulnérabilité, n’ayant été dans le fond rien de plus qu’un insignifiant animateur qui n’a rien cassé sinon sa propre carrière. Et même si j’avais été un animateur bénéficiant d’une certaine notoriété comme Paul Arcand ou Gilles Parent, le résultat de ma diatribe aurait été le même : un gigantesque coup d’épée dans l’eau qui n’a strictement rien changé. Cela ne m’aurait pas fait perdre mon travail, mais on m’aurait certainement tapé sur les doigts.
Ce qui n’a pas aidé non plus, c’est que j’avais mélangé certains faits propres à ma petite personne à la problématique que je dénonçais, ce qui a semé de l’ambiguïté dans l’esprit du lecteur, qui pouvait croire à une tentative de règlement de compte avec un ancien employeur, ce qui ne fait pas professionnel du tout.
Au bout du compte, j’ai mal servi un propos pour défendre une cause pour qui je n’étais pas le bon porteur sur la place publique, ce qui a refroidi bien des employeurs de m’embaucher par la suite. Barré du monde de la radio pour une période que j’espère terminée, je me suis alors rabattu sur la librairie pour laquelle j’ai commencé à travailler en octobre 2008 pour vivre.
J’ai quand même poursuivi certaines démarches dans le but de retourner au micro, aucune d’entre elles n’ayant abouti. Il faut dire que cette lettre n’était pas la seule raison pour laquelle je n’ai pas refait de radio depuis 2008. Dès la fin de mon contrat avec KYK, je sentais que je m’en allais ailleurs qu’en radio, que la passion n’était plus présente comme elle l’a déjà été à une certaine époque, le recul que j’ai fini par prendre a fini par me le faire comprendre, me rendant heureux que toutes mes démarches dans le but de retourner au micro n’aient pas abouti. Je ne vois pas quel aurait été mon intérêt d’abandonner travail et loyer pour reprendre une vie de nomade du micro qui ne m’intéressait plus.
Mais il m’arrive parfois d’en être quand même nostalgique. En juin dernier, j’étais allé voir Marie-Mai avec mon ami Samuel. J’ai vu Frédéric Labelle animer en direct à la radio depuis son studio spécial aménagé sur les lieux. J’écoute Rythme FM et Rouge FM occasionnellement, en me disant que je serais sans doute encore capable d’y faire quelque chose. Ma voix de radio est restée et a sans doute encore un petit quelque chose à livrer…
Après tout, si Jeff Fillion anime sur les ondes d’une radio qu’il a souvent traînée dans la boue dans ses pires années à CHOI-FM, je me dis que dans le fond, les rancunes du passé finissent toujours par prendre le bord…
Et puis, ne faut-il pas dire jamais?

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