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Avant le zoo, chez Bouddha! (Billet falardien)

J’ai grandi dans le Rang 2 de Falardeau, cette route qui s’appelle Boulevard Martel quand elle arrive de Saint-Honoré, qui se métamorphose en Boulevard Saint-David une fois rentré dans le village et qui prend son appellation de route rurale une fois qu’on en est sorti.
Je me souviens de mon enfance, quand une partie du rang était asphalté et que l’autre ne l’était pas, la partie asphaltée s’étendant de la sortie du village jusqu’à la ferme des Santerre (qui n’y demeurent plus depuis belle lurette). Tout le reste du rang était en gravier, et ça n’avait rien de plaisant. À chaque fois qu’une voiture passait devant chez moi, un nuage de poussière se soulevait derrière elle et pouvait rester longtemps dans les airs avant de se dissiper longuement, à condition qu’une autre voiture ne vienne pas le brasser à nouveau.
La gratte n’y passait pas que l’hiver, mais aussi l’été également sous une forme différente. Une grande niveleuse passait occasionnellement pour niveler la chaussée, qui était parfois aussi aspergée d’une certaine sorte d’huile par un gros camion, l’huile servant à alourdir les particules et à limiter – du moins, temporairement – la grandeur des nuages de poussière.
Je me souviens avoir souvent demandé à mes parents à quel moment ma rue allait être comme celle de mes amis demeurant au village. Ils me disaient que c’était pour arriver un jour ou l’autre, sans qu’ils ne sachent trop quand c’était pour se produire. Et c’est finalement arrivé!
C’était en juin 1985, alors que s’amorçait un très bel été sur le plan climatique. Nous étions tous curieux de voir arriver ces camions remplis d’asphalte noirci de goudron fumant, et ces équipements destinés à l’aplatir sur cette route que nous étions heureux de voir enfin passer à l’ère moderne. Jour après jour, nous étions témoins de la progression de l’asphalte, du bout du rang jusqu’à la jonction de la fin de la partie déjà asphaltée. Nous allions même à vélo chaque soir constater sur le terrain l’évolution de cette arrivée longtemps attendue.
Un beau jour, après toutes ces années d’attente et d’éternuements et d’époussetages, l’asphalte est finalement arrivé juste devant chez moi. En une dizaine de jours, ce rang poussiéreux est devenu une route digne de l’année 1985. Les gens de partout au village et même d’ailleurs venaient essayer cette route remise à neuf. Il fallait d’ailleurs faire attention aux voitures avant de traverser la route, car il y avait beaucoup de trafic à certains moments.
Il n’y avait pas encore de zoo dans le rang à cette époque, mais il y avait tout proche de l’endroit où se trouve cet établissement zoologique un bar très couru à l’époque, même s’il était situé au bout d’un rang qui ne mène nulle part : le fameux bar chez Bouddha et son Club des années taciturnes – quel nom affreux!-
chaque fin de semaine, c’était la même rengaine avec tout ce trafic venant du village et même d’ailleurs pour sortir dans cet établissement qui faisait connaître ses événements à venir dans les différentes épiceries du village. Et même si c’était dans le fond d’un rang, ça marchait hiver comme été!
Ce qui aidait aussi, c’est que les pistes de motoneige passaient en hiver sur les lieux de l’établissement, où travaillait ma marraine Claire qui y faisait à manger. Ce n’est pas pour rien que j’aimais bien y aller moi aussi, même si j’étais trop jeune pour assister aux soirées endiablées qui ont émerveillé la jeunesse falardienne dans les années 80.
Chez Bouddha, ce n’était pas qu’un bar et un restaurant, mais aussi un terrain de camping et un lieu où pouvaient se dérouler toutes sortes d’activités : arrivée de Père Noël en hélicoptère, tournois de balle lente, concours de souque à la corde, festivals d’hiver, etc.
L’établissement a fermé dans les années 90, après avoir brièvement déménagé au village face à la station-service Ultramar. Il reste encore quelques traces de cette époque lorsqu’on passe dans le secteur, la plus évidente étant ce lac artificiel qui fut créé je-ne-sais-trop-quand et qui s’est vite transformé en swompe aux eaux verdâtres et aux algues peu accueillantes qui rebutaient nombre de baigneurs. Le terrain de camping y est toujours, mais il est maintenant privé. La bâtisse qui abritait le bar est maintenant une résidence privée, et le stade de balle lente jadis situé derrière est disparu depuis bien longtemps, tout comme le sentier de motoneige qui y passait avant d’aboutir à Saint-Ambroise, une vingtaine de kilomètres plus loin.
Faire revivre pareille époque aujourd’hui serait plutôt impensable : les lions du zoo n’apprécieraient sûrement pas!

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