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Malaise au Gravillon

 

Juin 1994. J’ai 17 ans, et je m’apprête à compléter mon secondaire par le traditionnel bal des finissants, lequel a eu lieu le 2 juin à l’Hôtel Le Montagnais de Chicoutimi. Dieu qu’on l’attendait, cette soirée-là! Maintenant qu’elle arrivait, tous les étudiants de cinquième secondaire de l’École Secondaire Charles-Gravel (qu’on nommait encore Polyvalente à l’époque) comptaient les jours avant l’arrivée de ce 2 juin tant attendu.

Moi, ado solitaire et presque anti-social, je m’en foutais un peu. Bien entendu, j’avais prévu aller à ce bal, mais je n’en faisais pas un événement exceptionnel dans ma vie, chose que j’ai regrettée par la suite, ayant été le seul événement du genre auquel j’ai assisté à ce jour.

 

Ce qui m’intéressait plutôt, c’était la sortie du dernier numéro de l’année scolaire du Gravillon, journal étudiant conçu par mes collègues étudiants de cinquième secondaire qui étaient inscrits au cours de français-journalisme, donné par le regretté Martin Tremblay. Or, je n’étais pas inscrit en français-journalisme, même si j’en avais fait la demande l’année précédente dans mon choix de cours optionnels. On m’a placé dans un cours de géographie avec Berthe Hamel, à l’intérieur duquel je me suis distingué en présentant un travail sur les séismes en Amérique du Nord en fin d’année. Mais j’aurais préféré nettement faire partie du Gravillon, question d’y faire des articles et de m’y lire avec ma face imprimée juste à côté.

 

Heureusement, j’avais comme professeur de français le même Martin Tremblay qui donnait le cours de français-journalisme. Ayant constaté mon intérêt pour le journalisme, il m’a suggéré de proposer quand même des textes au Gravillon, un peu comme le journaliste pigiste que je suis devenu. Sans être employé d’un journal ou d’une revue, le pigiste peut lui proposer des textes qu’il prend et publie. J’avais préparé des articles sur la saison de la pêche et sur la conservation des cartes de hockey. Pour les accompagner, j’étais allé me faire prendre en photo dans une machine de Place du Royaume. Trois photos pas très belles sont sorties de la machine, et l’une d’elles a été choisie pour figurer à côté de mes textes. J’étais néanmoins fier de la voir à côté de mes articles, et encore beaucoup plus fier de voir mes articles dans ce numéro qui était le dernier de l’année.

 

Mais il y avait un petit quelque chose dans ce Gravillon qui m’avait troublé : un article dans lequel un de mes collègues de cinquième secondaire avouait sous pseudonyme son homosexualité à une des journalistes qui en avait fait un article qui avait beaucoup fait parler dans les jours qui ont suivi la parution de celui-ci. On m’a d’ailleurs bien plus parlé de cet article que des deux miens pour une seule raison : la journaliste qui parlait de l’étudiant homosexuel avait décidé de lui donner comme pseudonyme le prénom… Jean!

 

Étant le seul Jean de tous les cinquième secondaire de Charles-Gravel, beaucoup ont pensé que c’était de moi dont il était question dans cet article. Pourtant, en dedans de moi, je savais très bien que j’étais gai moi aussi, même que mon entourage le savait déjà bien avant que je ne leur annonce. J’ai eu plus de difficulté à l’accepter moi-même qu’à le faire accepter aux autres.

 

J’avais comme amie dans ma classe une fille prénommée Valérie, que j’avais dans ma classe pour une deuxième année consécutive. Au début de notre première année ensemble, elle a perdu son grand frère qui venait à peine d’avoir 18 ans dans des circonstances aussi tragiques que déchirantes. Le fait qu’elle ait eu à vivre pareil drame m’avait touché, et comme elle avait de la difficulté avec l’anglais, je l’ai un peu prise sous mon aile, moi qui était bon dans cette matière. À la fin de l’année, Valérie m’a dit : « Dis-le donc tout de suite. Tout le monde le sait déjà de toute façon et on s’en fout. » J’ai refusé. À bien y penser, j’aurais du l’écouter. J’aurais été libéré plus tôt, mais je n’étais visiblement pas prêt à franchir ce pas à ce moment précis. Ça a pris du temps, mais c’est maintenant chose faite!

 

Et je n’en tiens plus rigueur à cette journaliste du Gravillon, qui a bifurqué du journalisme vers l’enseignement, tout comme son papa!

 

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1 réflexion au sujet de “Malaise au Gravillon”

  1. C’est plaisant de voir que mon père reste dans vos souvenirs même après toutes ces années! Un heureux hasard que d’être tombée sur cet article. Merci!

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