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Feu le joli feu

J’ai grandi dans le bois, à vingt-cinq kilomètres au nord d’une ville, dans le fin fond du rang d’un village situé à cinq kilomètres de ma maison.  Le feu a fait partie de mon enfance.  En été, je me souviens de tous ces feux que l’on se faisait à côté de la maison, se faisant griller des guimauves au son du crépitement du feu et des lumières des lucioles.  En hiver, nous avions un gros poêle à l’intérieur duquel ma mère faisait parfois cuire une dinde ou une tourtière, le même genre de poêle avec lequel nos ancêtres ont colonisé notre pays de froid, dont la chaleur qui s’en dégageait aidait autant au confort de la maison que dans certaines tâches ménagères et alimentaires.

Avec le temps qui a passé, les choses se sont modernisées et les préoccupations environnementales ont commencé à inquiéter les gens.  Dans mon jeune temps, on se foutait du smog, on chauffait au poêle à bois.  Je me souviens souvent de ces fois où, jeune enfant, j’allais me cacher en arrière du poêle emmitouflé que de ma serviette de bain pour quelques instants de chaleur près du feu.  Nous n’aimions pas que la chaleur du feu, mais aussi sa lumière jaune et orangée, qui était très rassurante.

Que reste-t-il de ce temps?  Je me le demande!  Bien des municipalités ont réglementé le chauffage au bois, certains l’ont même carrément interdit sur leur territoire, car il parait que ça pollue.  C’est bien vrai quand on y pense, suffit de s’imaginer un peu le portrait lors d’une froide journée hivernale, avec toutes ces maisons crachant dans l’air de la fumée.  Mais dans le fond d’un rang, où les maisons se comptent avec les doigts d’une seule main, le paysage qu’offre une fumée qui monte et qui est bloquée par l’air glacial est magnifique.

Je me souviens de ses matins des années 90, où il fallait que je me lève tôt pour ne pas manquer l’autobus qui m’amenait à l’école secondaire.  Il m’arrivait parfois que j’avais assez de temps pour contempler les fumées des cheminées des maisons du rang qui s’unissaient pour former une petite brume que le froid extrême gardait près du sol.  Je profitais de chaque instant de silence que me procurait le moment pour écouter cette absence de son que l’hiver imposait, à un moment où presque tout autour est en hibernation.  Même quand l’hiver impose à la nature un repos par le gel, elle sait quand même la rendre charmante, du moins tant que le bruit du moteur de l’autobus qui approche ne vienne pas mettre fin immédiatement à la scène.

Un feu, ça pollue et ça gaspille des arbres, mais c’est tellement chaleureux.  C’est pourquoi ça me « scandalise » autant de voir qu’on remplace les foyers par des gadgets qui imitent les flammes et par ces DVD dans lequel on voit un feu brûler sur une trame sonore jazzée.  Oui, ça pollue moins et ça crée une certaine ambiance, mais quand on a déjà goûté au Dom Pérignon, c’est normal de ne rien vouloir savoir du mousseux cheap, alors je préfère m’en passer plutôt que de me contenter d’une si pâle imitation, aussi écolo soit-elle.

Triste de voir le feu de foyer ainsi relégué au foyer des vieilleries…

 

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