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Essais et erreurs télévisuelles (Moi à VJ Recherché et à Call-TV)

 

Été 1999. J’étudie en enseignement de la géographie au secondaire, et je trouve ça vachement emmerdant. Je ne m’y sens pas à ma place et ça se voit dans mes notes, où je ne me contente d’aller à mes cours que dans le but de les passer avec la note de passage ou des fois un peu mieux. Mon cours préféré? La radio étudiante du centre social de l’UQAC, la seule chose qui me gardait à l’école, même si plus souvent qu’autrement je faisais de la radio pour les chaises du centre social. Je m’en foutais. Je pratiquais le métier que je rêvais de faire à ce moment-là même si rien ne me permettrait de gagner ma vie avec à ce moment précis. Mais une fois l’école terminée à la fin du mois d’avril, je n’avais plus de radio à faire et je passais le plus clair de mon temps à couper ma famille du reste du monde en occupant la ligne téléphonique, surfant sur internet en jasant avec des gens parfois douteux, l’étant moi-même à cette époque je le concède. Je n’avais pas d’emploi d’été, je n’en cherchais pas, n’ayant pas d’autre voiture que celle de la famille, celle dans laquelle allait mourir un an plus tard dans un accident l’enseignant que je devenais à ce moment-ci.

Un beau matin, visitant le site de Musique Plus, je découvre qu’on invite les gens à participer à la première édition de VJ Recherché. Je n’avais qu’à remplir un questionnaire et à soumettre une vidéo de moi-même m’exprimant pendant deux minutes que je pouvais produire moi-même chez moi, ou me présenter à l’une des séances d’enregistrement publiques qui auraient lieu à divers endroits dans la province dans les semaines qui allaient suivre. Bien entendu, je n’allais pas prendre le risque de faire rire de moi dans ces auditions de centre d’achat lorsqu’elles auraient lieu à Chicoutimi. J’allais filmer le tout modestement, dans le confort de ma chambre, loin de ces regards indiscrets qui, de toute façon, allaient vite flusher le résultat après quelques fractions de secondes de visionnement de ce deux minutes de remplissage de vide mal foutu.

Outre ce petit clip, il me fallait répondre à un questionnaire, ce que j’ai fait de la meilleure façon que le pensait le grand naïf que j’étais, pensant que ça allait me permettre de me démarquer de la masse de candidats. Je ne me souviens plus du genre de questions qu’on posait, mais je me souviens qu’il fallait critiquer le dernier disque que nous avions acheté. On se serait sans doute attendu que je critique un album qui était en vogue à ce moment-ci, mais j’avais plutôt envie de parler de ma dernière acquisition de la Maison Columbia, un disque paru six ans auparavant, Songs of faith and devotion de Depeche Mode, vite devenu mon préféré de ce groupe, moi qui commençait à collectionner leurs albums à l’époque. Ce n’était pas une bonne idée à bien y penser de critiquer un disque qui faisait tellement 1993 en 1999. Mais qu’importe, je crois que même si j’avais critiqué un album en vogue à ce moment-ci, le résultat n’aurait pas été différent. Sur près de 600 candidatures, la mienne a vite été reléguée aux oubliettes, recevant une laconique lettre en août 1999 me remerciant de mon intérêt et de ma vidéocassette, enregistrée à la dernière minute dans le décor de ma chambre, jouant Song 2 de Blur en guise de trame de fond et expliquant pendant 30 secondes pourquoi je m’en servais comme outil de mesure du temps pour ma démonstration… Ils n’ont probablement pas écouté le tout au grand complet, expédiant ma cassette VHS aux vidanges après quelques secondes. Je n’ai pas idée à quelle place elle s’est retrouvée au classement final, mais j’estime avoir mérité, dans le meilleur des cas, une 582ième place.

J’ai vu comment se débrouillait celui qui a fini premier : Nabi-Alexandre Chartier. Il avait décidément beaucoup plus la tête de l’emploi que moi. Il est resté presque une dizaine d’années à Musique Plus, où il a très bien tenu le fort. Je doute d’avoir pu faire aussi bien que lui si j’avais été à sa place. J’ose imaginer un peu ce que ça aurait donné, mais pas trop! Sans doute que ma carrière aurait été très courte et qu’on m’aurait placé sur la liste des VJ éphémères et rapidement oubliés parce que trop mauvais… comme une certaine Zen!

J’ai fini par devenir zen moi-même en vieillissant, et voulant me sortir de ma librairie en août 2011, j’ai eu l’idée d’aller auditionner pour aller animer à Call-TV. L’audition avait eu lieu un dimanche et la veille, question de m’assurer une préparation mentale optimale, j’ai eu la bonne idée d’aller faire une randonnée à vélo jusqu’à Bois-des-Fillion. Sur le chemin du retour, comme une manifestation divine m’envoyant un message de ne pas m’abaisser à essayer de me tailler un poste d’animateur de ce genre d’émission où les gens sont pris pour de pauvres cons, une chute salvatrice se pointa sur mon chemin. Elle m’attendait proche d’un endroit où la piste cyclable passe sous l’autoroute 440, un endroit où il ne faut pas arriver trop vite car une série de courbes prononcées se succèdent. Je le savais, ayant souvent passé dans cet endroit, aimant beaucoup les pistes cyclables de Laval. Mais j’étais sur un bel élan de vitesse et j’écoutais de la bonne musique. J’étais dans mon monde, j’allais vite et ma tête, nue, se laissait bercer par la brise de ce beau samedi soir où l’orage menaçait au loin. Ayant soudainement réalisé que j’entrais dans la succession de courbes serrées, j’applique les freins un peu trop fort et je perds l’équilibre assez violemment. Réalisant sur le coup que je suis en train de tomber, je fais des pieds et des mains pour ne pas que ma tête heurte le sol, ce qui ne se produit heureusement pas, même si le tout allait entraîner un de ces tours de reins quelques semaines après. Sauf que pendant que je faisais des pieds et des mains, ma jambe gauche est allée heurter la partie dentée de mon pédalier, l’entaillant comme un érable en pleine saison des sucres. Il était passé neuf heures du soir, je n’avais rien de cassé, mais je saignais et j’avais mal. De plus, j’étais en pleine noirceur, dans la forêt. Je n’avais pas d’autre choix que d’enfourcher ma bécane pour aller chercher de l’aide. Quinze minutes plus tard, je suis rendu à un restaurant et je réalise que j’ai perdu mes clés d’appartement. Je décide de retourner sur les lieux de l’accident pour tenter de les retrouver. Peine perdue, il fait trop noir. Je retourne sur mes pas, rentrant au restaurant pour demander de l’aide… qu’on ne me donnera pas, préférant m’indiquer bêtement où me rendre à l’hôpital le plus proche, où j’ai préféré ne pas aller. On me laisse nettoyer mes plaies dans les toilettes, mais peine perdue, ma jambe gauche saigne toujours. Elle a un trou de deux centimètres qui semble assez profond, et le sang en émerge dans une petite coulée. Je retourne sur mon vélo et prend le métro à De La Concorde et débarque à Crémazie, où m’attendent les orages qui pointaient à l’horizon au moment de ma chute. Les éclairs sont gigantesques, mais il ne pleut pas. Heureusement, ce n’était que des éclairs de chaleur. J’avais prévu sortir dans le Village ce soir-là et me présenter à l’audition en après-midi, mais cet incident changeait drastiquement mes plans. Il me fallait aller à l’hôpital. La sortie a donc été annulée. Avant de me rendre à l’Hôpital Juif de Montréal, je passe sous la douche, question de renettoyer mes plaies. Ça saigne moins, mais ça coule quand même, l’eau de ma douche prenant une teinte rouge pas très rassurante. Une fois habillé, je décide d’aller en taxi à l’Hôpital Juif, que je ne quitterai que vers six heures le lendemain matin, après une attente interminable au bout de laquelle un gentil médecin portant la kippa m’a fait un point de suture après avoir désinfecté ma plaie. Le médecin m’a dit qu’elle était si profonde qu’il était capable de voir mon tibia au fond de cette dernière. Je suis revenu chez moi vers sept heures du matin, soulagé que cet incident n’ait pas eu de conséquence plus grave, mais terriblement fatigué.

Cette chute était peut-être un message de la Providence me disant qu’une meilleure opportunité se présenterait à moi plus tard et qu’il valait mieux laisser la place à des démolisseurs de décors. En attendant, il valait mieux essayer d’autres avenues tout en continuant de passer du monde au cash dans ma librairie en attendant de trouver l’avenue du nouvel eldorado qui ne sera pas celle de Call-TV. J’étais trop fatigué et trop pucké pour bien paraître à cette audition. Au lieu d’aller à cette dernière, j’ai pris mon vélo et, malgré la douleur, je suis retourné sur les lieux de la chute pour tenter de retrouver mes clés d’appartement, que j’ai retrouvées sans difficultés!

La morale de cette histoire : moi et la télé… Pas un très bon ménage!! Et depuis, je roule toujours à vélo avec un casque. Si je m’étais pété la tête contre l’asphalte ce soir-là, peut-être me serais-je mis à jeter des décors par terre et faire de ce genre de scène un spectacle. Et dire qu’il y en a qui ne se plantent pas à vélo qui sont payés à faire ça….

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