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Paris-Falardeau

Samedi 28 septembre 2013.  Il est 21h34 et la température extérieure n’est pas représentative d’un automne naissant mais plutôt d’un été qui refuse de mourir.

C’était à peu près la même chose au menu qu’il y avait le 28 septembre 2012.  La seule différence entre ce moment en 2012 et en 2013 réside au lieu et à la chose que je faisais en cet instant précis.

Alors qu’en 2013, je laisse pianoter mes doigts sur le clavier d’un ordinateur qui n’est pas le mien au rythme de mes pensées alors que je suis dans la résidence de mon enfance et de mes parents à Falardeau, en 2012 j’avais le cul assis dans le derrière d’un Boeing 747 en direction d’Orly, au sud de Paris, où deux semaines d’aventures vécues au rythme du quotidien m’attendaient.  Or souvent, l’aventure commence même parfois avant que le voyage ne soit commencé.

J’étais monté au Saguenay la fin de semaine précédant mon vol pour prendre des photos sur un reportage que je n’avais pas encore écrit sur mon village (ce fut chose faite en janvier suivant, sur le site du magazine Urbania) et j’avais laissé pour réparation mon sac Lavoie à l’endroit où il a été conçu, au Saguenay.  Cette compagnie devait  me le renvoyer par messager et il devait arriver à temps pour mon départ.

Arrive le vendredi et le sac n’est toujours pas revenu, moi qui avait prévu brièvement quitter mon appartement pour quelques courses de dernière minute.  Je n’ai donc pas eu d’autre choix que d’attendre que le maudit sac arrive, suivant via le site de FedEx les déplacements du camion qui devait me le livrer.  Il était parti à 5h30 ce matin-là de son entrepôt situé à Dorval, et rien d’autre ne s’était produit depuis.  Je me souviens même d’être allé surveiller plus souvent qu’à mon tour dans ma rue au cas où le bon camion se présenterait.

Pas longtemps avant midi, j’en vois un de FedEx se présenter et arrêter juste à côté de chez moi.  Soulagement total!  Sauf qu’une fois que le chauffeur m’a dit qu’il livrait quelque chose proche de chez moi et non chez moi, qu’il n’avait rien pour moi et que d’autres conducteurs comme lui se promenaient en ville, j’ai aussitôt recommencé à trembler frénétiquement.  Il fallait que je sois chez moi, car il se pouvait qu’on me demande ma signature.   Mon frigo était vide et ma vaisselle était propre.  Je n’avais pas envie de cuisiner avant de partir, n’ayant pas envie de laver de vaisselle et de laisser ça entraver la préparation de mes bagages qui devaient être déjà complétée depuis la veille.  Éternel procrastinateur, j’étais encore dans cette préparation que le stress de cette venue ou non de mon sac dans les délais rendait encore plus ardue, sans compter le stress provoqué par mon ventre vide.  Une amie est même venue me prêter un sac à dos juste au cas où le mien n’arriverait pas à temps.

Je tenais à avoir le mien avec moi, car j’ai vécu plein de choses avec ce sac.  Il m’a suivi dans un paquet de promenades que j’ai faites avec ma voiture quand je me la suis procurée, contenant les disques que j’écoutais dans mon changeur installé dans le coffre.  C’était en 2005, entre le moment où j’ai quitté Kapuskasing et le nord de l’Ontario et celui où j’ai gagné Rivière-du-Loup, au moment où une victoire en cour contre la Société de l’Assurance Automobile du Québec m’avait enrichi d’un coup sec de quelques milliers de dollars, dont il ne reste aujourd’hui pratiquement plus rien, la voiture achetée avec cet argent ayant rendu l’âme en 2010, tout comme bien d’autres affaires.  Ce sac est le dernier survivant de cet épisode.  Il était à mes côtés quand la dépression m’a coupé les ailes à Sherbrooke en 2006, quand je suis déménagé presque en clandestinité vers Montréal l’année suivante.  Il était là lors de mes premières longues randonnées à vélo, sur le Petit Témis, cette piste cyclable qui relie Rivière-du-Loup au Nouveau-Brunswick.  Il était sur mon dos quand je partais de Sherbrooke pour aller vers North Hatley ou Lennoxville.  Rendu à Montréal, il m’a suivi jusqu’à Les Cèdres, Pointe-Fortune et Hawkesbury, même la fois où j’en suis revenu en train de banlieue, mon vélo brisé à mes côtés.  C’était important pour moi d’avoir ce sac à Paris, pour qu’il vive cette expérience supplémentaire avec son propriétaire.  Je me faisais de plus en plus à l’idée que ce voyage se déroule sans lui, ayant même décidé de reporter mon départ d’une heure vers l’aéroport dans l’espoir qu’il arrive enfin.  Finalement, passé quinze heures, en allant espionner ma rue pour la 74ième fois ce jour-là, j’ai remarqué un sac gris sur le perron de mon propriétaire.  Je me suis donc rendu sur la galerie pour voir ce mystérieux sac avant de constater, en sentant d’un coup sec la pression s’en aller, qu’il était à mon nom et que mon inséparable sac à dos bleu était à l’intérieur.

Une fois sorti de l’enveloppe, j’ai mis mon sac à dos dans ma valise et décidai d’aller manger un repas vite fait au Tim Horton’s le plus près de chez moi.  J’avais prévu aller rejoindre l’autobus qui me menait à l’aéroport à la Gare Centrale de Montréal via ce même train de banlieue qui m’avait ramené chez moi ce jour de canicule où mon vélo a connu moult ennuis en revenant de Hawkesbury.  Cependant, j’avais des livres à retourner à la bibliothèque, et Victor-Lévy Beaulieu n’aurait pas préféré que je m’inscrive dans la race de monde qui retourne ses livres en payant de grosses amendes, puisque je ne pouvais pas renouveler le prêt de ces ouvrages, dont la lecture a été achevée presque à la sauvette la veille de ce marathon à travers le système de transport en commun montréalais.

Il y a une bibliothèque juste à côté du métro Côte-des-Neiges et c’est là que désormais allait commencer ma course contre la montre, puisqu’il fallait que j’y laisse mes deux livres à retourner.  Ensuite, il fallait me rendre au métro Lionel-Groulx, sur la ligne orange, après un transfert de ligne à la station Snowdon, où se croisent les lignes bleue et orange.  Il me fallait parcourir une certaine distance et descendre quelques escaliers pour réaliser la correspondance, chose compliquée par ma valise et tout le bordel que je transportais sur moi.

Rendu à Lionel-Groulx, je débarque du métro pour aller rejoindre l’autobus 747 qui relie le centre-ville de Montréal et l’aéroport Pierre-Elliot Trudeau à tout moment de la journée et de la nuit.  Le premier autobus qui arrive à la station de métro est plein, mais il reste encore un peu de place pour moi et mon bordel, sauf que la congestion était particulièrement imposante en ce vendredi.  Il a presque fallu une heure pour que l’autobus se rende à destination, plus souvent qu’autrement à pas de tortue.

Il était 18h10 lorsque je suis arrivé à l’aéroport et je n’avais pas d’étiquettes pour identifier ma valise et mon sac d’ordinateur, chose que j’ai achetée avant de joindre le comptoir de la compagnie avec laquelle j’allais franchir l’Atlantique pour la première fois de ma vie.  J’étais souvent venu à l’aéroport avant ce soir-là, pour des arrivées de gens que je connaissais ou encore simplement par plaisir de flâner et de voir les avions partir et arriver.  Je me dirigeais vers l’endroit où était le comptoir de Corsair, ou du moins où il était.  Il avait changé d’endroit peu de temps avant ce jour et ça m’a pris un bon dix minutes avant de le retrouver.  J’avais jusqu’à 18h50 pour m’enregistrer au comptoir, ce fut finalement chose faite vers 18h30.  Ouf!

Passé les contrôles, j’ai enfin pu pénétrer dans cette zone que les badauds ne peuvent déambuler, celle où les gens vont rejoindre leur avion.  J’ai pu y voir de plus près nombre d’appareils qui ont agrémenté mes soirées d’observations de décollages.  Seule déception : Air France n’avait pas envoyé d’Airbus A380 sur Montréal ce jour-là, ayant plutôt envoyé un Boeing 777, ce qui m’a déçu autant que le jour où j’ai voulu acheter mon vol, prévu originalement pour le lendemain, à bord d’un Airbus A380.  Mais comme j’ai trop attendu, son prix a monté de 400$ au dernier moment, ce qui m’a contraint à aller voir du côté des compagnies offrant des liaisons moins dispendieuses, Corsair s’étant avéré le choix le plus raisonnable.  Autant à l’aller qu’au retour, j’allais donc écraser mon derrière dans un Boeing 747, ce qui n’est tout de même pas si mal pour un baptême de l’air.

Après un dernier coup de fil à mes parents, je me suis engouffré dans la carcasse de ce vieux coucou d’expérience peinturé en bleu ciel.  Les sièges étaient bleus foncés et l’absence d’écrans télévisés sur les dossiers de siège témoignait de l’âge avancé de notre appareil.  Mais cela n’avait aucune importance pour moi.  J’avais hâte de vivre mon premier décollage, mon premier vol, mes premières turbulences.

Au fur et à mesure que le gros jet se remplissait et que le temps nous rapprochait de ce décollage que j’anticipais depuis si longtemps, je me sentais redevenir l’enfant qui s’émerveillait de tout que j’étais jadis.  Et dès que l’avion arrivait en bout de pistes avec toutes les lumières éclairant le chemin à prendre, j’avais l’impression d’être dans un jeu vidéo.  Et tout à coup les quatre moteurs se sont mis à hurler de toute leur puissance pour ce premier décollage dont je me souviendrai encore longtemps.  J’avais l’impression d’être dans un autobus qui montait une longue côte invisible tout en douceur pendant que, pour la première fois, je regardais ma ville de haut, tout impressionné.

Vingt minutes après, c’était Sherbrooke que je regardais de très haut.  Ensuite, le Maine, le Nouveau-Brunswick, Terre-Neuve et l’Atlantique.  Je n’ai pas passé l’ensemble de l’envolée à regarder le sol (ou l’eau) en dessous.  Je l’ai plutôt passée à écouter de la musique, à essayer de tenter de peut-être passer proche de possiblement presque réussir à m’endormir et à lire.  J’ai d’ailleurs lu au grand complet le premier roman d’un auteur de mon village, Jean-Michel Claveau, intitulé « Les dessous de la famille Houde », un récit sombre, scatologique mais bien punché que j’ai bien aimé, me demandant au passage ce que j’attendais pour écrire moi-même un livre et/ou un roman.  Je me le demande toujours, peut-être étant même en train de le faire via ce blog sans que je m’en rende compte…

La nuit sur l’Atlantique, c’était beau à voir.  Le ciel était dégagé et la lune brillait de tous ses feux.  C’était magique de la voir se refléter sur les eaux de l’Atlantique juste en dessous.  Et soudainement, avant le lever du soleil, nous avons recommencé à voir des étendues de terre desquelles émanaient de la lumière.  Sans doute l’Irlande, l’Écosse ou une autre zone habitée dans le coin.  Mais on sentait Paris approcher.  Ce fut encore plus le cas lorsque le pilote a soudainement cabré son appareil vers la droite pour amorcer la descente finale, donnant l’impression de profiter d’un trou dans les nuages (alors qu’il était plutôt en train de s’en percer un).  Et là, on voyait des champs de haut, ensuite des habitations, des routes, des infrastructures de chemin de fer, toutes sortes d’affaires qu’on voyait de plus en plus proche au fur et à mesure que le jet approchait sa destination finale.

Dès qu’on a vu l’ombre de l’avion sur le sol et qu’ensuite les roues ont touché la piste et que le pilote a inversé le flux des quatre moteurs, on savait que c’était chose faite : nous étions en France et pour la première fois de ma vie, j’allais fouler un sol autre que celui de mon pays.  Je suis bien allé deux fois aux États-Unis – que pour quelques heures – jusqu’à présent, mais ce voyage était mon premier véritable séjour en dehors du Canada.

Après tout ce marathon rempli d’imprévus, le temps était venu d’en amorcer un autre beaucoup plus positif dans cette ville où deux semaines ne suffisent pas pour saisir toute la beauté dont elle est capable.  Plus besoin de courir après des sac à dos ou des livres à retourner à temps.  L’heure était plutôt à la découverte, à commencer par celle du décalage horaire.

Que de souvenirs qui m’habitent encore et qui me font encore du bien juste à y penser.  Je vous raconte le tout et c’est comme si je le revivais en accéléré, oubliant presque qu’un an a passé et que je suis dans mon village natal pour vous le narrer à ma façon, à défaut de mieux… ou d’être ailleurs!

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