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Errance d’un bleuet cycliste en Montréalie

 

Un feu d’artifice à La Ronde. Un autre prétexte pour une expédition en solo. D’habitude, j’y vais en métro, mais cette fois-ci, j’ai décidé de ne pas brûler d’argent afin d’engouffrer mon derrière sur le siège douillet d’un pachyderme bleu et blanc de la STM, mais plutôt de brûler des calories le cul écrasé sur le siège de ma bécane grise. Au total, j’ai sauvé 4$, pédalé aller-retour pendant presque deux heures, et assisté à un feu impressionnant au beau milieu d’une artère d’habitude inhospitalière pour les vélos : le boulevard René-Lévesque, que l’on avait fermé pour permettre à la plèbe d’assister à l’événement.

 

Je demeure à Ville Mont-Royal de façon officielle depuis le 1er septembre 2007, lendemain de la date où j’ai complété de transférer mon bordel depuis Sherbrooke, où j’y ai vécu une année mouvementée. Ville Mont-Royal, c’est une bourgade de riches – moi qui ne le suis pourtant pas… encore – . Dans toute sa circonférence, ma ville d’accueil est entourée de Montréal, à qui elle a été fusionnée de force en janvier 2002 avant de défusionner trois ans plus tard. Tout autour, il y a les arrondissements montréalais d’Outremont, de Villeray-Parc-Extension, un peu d’Ahuntsic, de Ville Saint-Laurent et de Côte-des-Neiges. Comme un trou de beigne au beau milieu de tout ça, Ville Mont-Royal est aussi située presque en plein cœur de l’île de Montréal.

 

Sans trop y comprendre pourquoi, ce qui se passe au nord et à l’ouest de ma ville m’attire plus que ce qui se passe à l’est, raison pour laquelle j’en viens avec ce préambule avec cet état de fait : je connais encore assez mal Montréal, malgré ma présence de presque six ans dans ses parages.

 

Chacune des randonnées que j’ai faite dans Montréal a ça de particulier : je sais où je vais, mais je ne sais jamais comment vraiment m’y rendre. C’est un peu dans cette optique que j’ai fait mon aller vers ce lieu où le spectacle m’attendait.

 

J’avais décidé de prendre une rue qui passe tout près de chez moi et de la pédaler jusqu’à ce qu’elle prenne fin, soit jusqu’à cette rue longée par ce mur de Berlin végétal qui sépare les habitations des richards de ma ville de celle des taudis d’immigrants juste de l’autre côté du boulevard de l’Acadie. Rendu au bout de cette rue, je traverse ce mur pour m’aventurer sur la rue Jarry. J’avais l’intention de pédaler jusqu’à la rue Christophe-Colomb pour y pogner une piste cyclable. Or, j’en ai plutôt croisé une sur une autre rue, un peu plus tôt. Et c’est sur celle-là que je me suis engagé, sans trop savoir jusqu’où j’irais. Je savais que j’avançais en direction sud, là où je me devais d’avancer si je voulais arriver à temps au feu d’artifice. Mais un moment donné, la piste bifurque vers la gauche et par la suite vers le nord sur une autre rue. Malgré l’incertitude, j’ai continué jusqu’à ce que je croise la piste de la rue Boyer, qui fait partie de la Route Verte. Rassuré par cette trouvaille, je l’empruntai en descendant vers le sud. Je traversais des artères qui me permettaient de me situer, leur nom portant souvent l’identité de la station de métro de la ligne orange qui les dessert. Beaubien, Rosemont, Laurier… De beaux endroits, des paysages merveilleux que je devrais pourtant visiter plus souvent. C’est là d’ailleurs que j’ai pensé à un David que j’ai connu dans une vie antérieure. Je l’ai recroisé via une application sur cellulaire et il m’avait dit demeurer dans ce secteur. Nos retrouvailles virtuelles ont été plutôt brèves, n’ayant duré que quelques messages-texte. C’était mieux ainsi. Si nos routes ont à se recroiser un jour, le destin fera en sorte que ça survienne au moment où ça doit se produire. Pour le reste, disons que je m’en foutais un peu beaucoup – et je m’en fous encore davantage maintenant – , étant à ce moment-ci un peu plus préoccupé par là où cette piste cyclable va me mener. Et elle m’a mené vers un parc à travers lequel j’ai pu rejoindre un sentier que je connais déjà. Fait de poussière de roche sur une ancienne emprise ferroviaire, ce sentier m’a permis de filer à la vitesse de l’éclair jusqu’au boulevard Masson, où j’ai ensuite pu me retrouver sur une autre piste cyclable inconnue jusqu’à ce jour, qui a fini par me faire aboutir dans le coin de la shop Angus avant de me retrouver sur la rue Rachel, cette artère longée par une autre piste cyclable au bout de laquelle se trouve la boutique où j’ai acheté mon vélo, le 11 mai 2010, moins d’une semaine après avoir envoyé ma voiture à la scrap.

 

Il ne restait qu’une étape avant de rejoindre le lieu d’où j’avais prévu regarder le feu d’artifice, c’était de traverser Hochelaga-Maisonneuve du nord vers le sud. Mais avec toutes ces rues en sens unique dont on ne sait où elles mènent, il m’a fallu encore me laisser porter par le hasard. J’ai donc emprunté une rue qui descendait vers le sud et qui m’a fait atteindre les environs du métro Frontenac, où je voyais beaucoup de gens marcher en direction du fleuve. La destination semblait proche et je ne m’étais pas trompé. Je suis arrivé deux minutes avant le début du spectacle, fier d’avoir pu transformer ce simple voyage à un feu d’artifice en périple exploratoire d’une ville qui en a encore beaucoup à me montrer.

 

Pendant que le feu illuminait le ciel, j’ai pensé à tous ces endroits où j’ai fait du vélo, que ce soit avec ma bicyclette actuelle ou l’autre qui l’a précédée. De la route 132 à Cacouna à la piste qui relie Sherbrooke et North Hatley, de la fameuse boucle des rangs 2 et 4 dans mon Falardeau natal au viaduc qui enjambe l’autoroute 417 à Pointe-Fortune, à cheval sur la frontière Québec-Ontario. De toutes ces montées du Mont-Royal aux côtes du Parc national d’Oka, de tous ces décollages de CF-18 auxquels j’ai assisté à l’aéroport de Bagotville aux décollages d’Airbus A-380 à l’aéroport Montréal-Trudeau, dans mon spot préféré pour voir partir les avions à Dorval. Et j’en passe!!

 

Il m’en reste encore beaucoup à voir et à pédaler. Le vélo est toujours une source d’émerveillement et de motivation qui est en plus excellente pour la santé. Mais il y a quand même un côté sombre à tout ça! Sur le chemin du retour, pédalant peut-être un peu trop vite, ma roue avant s’est brièvement encastrée dans une crevasse, provocant une crevaison. Ayant toujours sous la main ce qu’il faut pour réparer le tout, cela m’a pris une quinzaine de minutes pour m’acquitter de cette sale besogne, avant de retourner chez moi via les rues Hochelaga, Fullum, Rachel, du Parc, Côte-Sainte-Catherine, McEachern, le chemin Rockland et le boulevard Graham.

 

De retour à la maison un peu passé minuit, j’étais content de cette aventure, même avec la crevaison. J’avais les mains sales, mais la tête et le cœur remplis de souvenirs, de paysages et d’air pur vivifiant.

Mais quand je roule à vélo
La tête dans les étoiles et dans le vide
Le vent est doux, j’hallucine…
Je roule à vélo
La nuit est claire
Le chemin désert
Je suis invincible,
Intouchable et immortel…

(Daniel Bélanger, extrait de la chanson Intouchable et immortel, tiré de l’album Rêver mieux, 2001)

 

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