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À toi, Richard! (Altius, Angelus, Airbus)

 

Il était huit heures dimanche matin quand un coup de tonnerre me réveilla. La chose ne m’aurait pas étonné si nous avions été en juillet, mais comme nous sommes en plein mois de janvier la chose a de quoi surprendre un peu, mais pas tant que ça. La température était certes douce mais elle commençait à se faire botter le derrière avec vigueur par une de ces masses d’air arctique si froid qu’elle nous fait douter si l’enfer n’est pas plutôt un désert de glace différent de la fournaise que nous pensons qu’elle est réellement.

J’ouvrai aussitôt la radio et l’ai refermée quelques minutes plus tard après un brin d’information. Il n’y avait rien à ce moment-là d’extra qui marquait l’actualité. Je me suis alors habillé pour prendre la direction d’un restaurant du quartier Côte-des-Neiges à Montréal à bord d’un pachyderme bleu de la STM. À mi-chemin, j’ouvre mon cellulaire et c’est en arrivant sur Twitter que j’ai appris la mort de l’un de ceux qui m’a le plus influencé, Richard Garneau.

La nouvelle n’avait rien d’étonnant en soi. Son état de santé s’était beaucoup dégradé dernièrement et cette issue, toute aussi douloureuse fut-elle, semblait de plus en plus inévitable. Mais même si on s’attend à ce que quelqu’un parte, on ressent toujours une tristesse lorsqu’on apprend que c’est chose faite. Et c’est dans cet état d’esprit que j’ai déjeuné en ce dimanche où l’hiver prend les grands moyens pour imposer sa majesté à un éphémère printemps qui n’aura d’autre choix que de revenir en mars… s’il réussit à bien le faire!

Richard Garneau, c’est quelqu’un que j’ai regardé à la télévision comme des milliers de québécois et des centaines de communicateurs. C’est un homme qui épate par sa culture, son verbe, sa classe et son humilité. C’est un homme dont j’ai pu remarquer qu’il avait le don de déteindre avantageusement sur les gens avec qui il collabore, le plus bel exemple étant Michel Bergeron, qui s’exprime de façon beaucoup plus fluide et beaucoup plus correcte que lorsqu’il a commencé dans les médias après sa carrière d’entraîneur, où il s’est fait un nom grâce à son langage coloré mais pas toujours correct.

J’aimerais vous partager une confidence. C’était en 1992 et j’avais 15 ans. Richard Garneau venait de lancer le premier tome de son autobiographie et dès qu’elle fit son arrivée à la bibliothèque de l’École Secondaire Charles-Gravel de Chicoutimi-Nord – où je vedgais en faisant semblant de faire mon secondaire 3, réussi avec des notes plus que moyennes, voire catastrophiques en mathématiques – , je me suis mis à dévorer ce livre qui m’a permis de connaître l’homme et son parcours. J’ai pu me régaler de son verbe et de sa plume sincère, humble et remplie d’humour, un peu comme l’image qu’il projetait à la télé laissait présumer. J’ai eu aussitôt l’espoir secret d’avoir un jour à travailler avec lui, au moins de le côtoyer.

Mon idée était déjà faite à l’époque : je voulais travailler dans les médias électroniques. Quand j’annonçais à l’aréna de Falardeau – qu’on allait baptiser du nom de Réjean Tremblay peu de temps après – , on me disait que j’avais une belle voix, qu’elle avait ce qu’il fallait pour bien passer à la radio et ailleurs. Je me voyais décrire les matches des Nordiques, ou encore annoncer leurs buts dans l’enceinte de ce nouveau Colisée dont l’idée de la construction commençait à se faire sentir pour sauver l’équipe d’un déménagement vers d’autres cieux.

Vingt-et-un ans plus tard, une avalanche a emporté les Nordiques au Colorado, la construction de ce nouveau Colisée est en cours même si on refuse aux Coyotes d’émigrer vers le nord, je ne travaille plus dans les médias depuis quelques années malgré un désir d’y revenir qui ne s’est jamais démenti et je fais mon temps dans une librairie où je m’amuse quand même en attendant le grand jour du retour.

Un beau jour est d’ailleurs passée à ma caisse une figure que j’ai souvent vue à la télévision. Un homme grand, de belle apparence malgré l’âge, un certain Richard Garneau. Il devait être dix heures du matin, à un moment de la journée où c’était plutôt calme, ce qui m’a permis d’avoir une brève conversation avec lui. Il a été de la même gentillesse et de la même humilité que je pensais de lui, ayant même pris avec humour que mon antivol lâcheur de bip bip incessants se soit déclenché au moment de sa sortie, ce qui était dû à une étiquette mal démagnétisée présente dans ses vêtements. Juste avant, je lui ai jasé de sa biographie qui m’avait marqué, et m’a informé sourire en coin qu’il en avait fait une suite, chose dont j’étais totalement ignorant. Je lui ai aussi jasé de son recueil de nouvelles, intitulé « Vie, rage, dangereux », qu’il ne considérait pas très bon même si je n’étais pas de son avis, lui ayant signifié que ce livre m’avait bien fait rire. Tout au long de l’entretien, M. Garneau a été d’une gentillesse et d’une générosité qui l’honorent. Il ne faisait pas la grosse tête même s’il a de très bonnes raisons pour le faire, ce qui l’honore davantage.

Mon échange avec Richard Garneau n’a probablement pas duré cinq minutes, mais tout de suite après, je me sentais revenir à mes quinze ans, me voyant travailler à ses côtés, chose que j’espérais encore possible jusqu’à ce dimanche matin de chicane atmosphérique entre l’hiver et le printemps, entre le chaud et le froid.

Je me souviendrai de cet échange toute ma vie et j’aurai une pensée spéciale pour lui lorsque mon grand retour s’effectuera. Je ne travaillerai certes pas à ses côtés, mais je sais que sa mémoire m’éclairera, un peu comme elle éclairera tous ceux que M. Garneau a inspirés, qu’ils aient travaillé avec lui ou non.

En 2012, il a assisté à ses 23ième jeux olympiques et espérait revenir l’an prochain à Sotchi pour une 24ième fois. Il y sera sans doute mais d’une autre façon, tout comme il sera à Rio en 2016 et à Pyeongchang en 2018. Il sera peut-être là même à Québec, qui sait! On ne le verra pas, on ne l’entendra pas, mais on sentira quand même sa présence et son influence, principal héritage de la vie et de la carrière exemplaire qu’il a mené et qui ne finira jamais de servir de phare.

Merci pour tout, M. Garneau! On se revoit le jour de mon retour!!

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