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Il n’y a pas que le hockey – Hommage à Yvon Guillotte

La Ligue Nationale de Hockey est entrée dans un nouveau conflit de travail qui paralyse ses activités pour une période dont la durée est impossible à prévoir avec exactitude, mais tous s’entendent sur une chose : ce conflit risque d’être long longtemps.

Verra-t-on de nouveau une saison annulée comme ce fut le cas en 2004-2005? Personne ne l’espère, mais si ça survient, peu sont ceux qui en seront surpris.

Moi, le grand amateur de hockey que je suis, comme un paquet d’autres, je serai affecté par ce conflit qui me forcera à occuper mes longues soirées hivernales par autre chose. Mais cette fois-ci, ce sera différent. Lors des conflits de 1994 et de 2004, j’étais du côté des propriétaires qui voulaient imposer un plafond salarial, chose qui fut établie en 2005. Cette année cependant, je n’ai aucune idée de qui je vais supporter entre les joueurs et les propriétaires. Les deux font de l’argent comme jamais, à des niveaux totalement irrationnels pour le simple gagne-petit que je suis.

Je ne prendrai pas position cette fois-ci. À mon humble avis, ils ont beau s’engueuler, s’ignorer, s’entre-tuer s’ils le désirent, même si leur sport et l’industrie qui l’exploitent en souffrent gravement, cela me passera 1347902478902347238907890 pieds par dessus la tête, et même probablement plus haut.

J’espère seulement qu’à la sortie de ce conflit on aura un plus grand respect du hockey et de ses amateurs en implantant des équipes là où les gens en veulent et que s’achève cet entêtement dans des marchés où le hockey ne lève pas. Je sais que je rêve en couleurs, mais il le faut bien, ne serait-ce que pour rendre le portrait moins morose.

Car oui, ce portrait est morose et il le sera pour bien longtemps encore. On connaît l’égo démesuré de Gary Bettman, on oublie que celui de son vis-à-vis Don Fehr l’est tout autant. En 1994, ce dernier était à la tête de l’association des joueurs au baseball et la grève qu’il fit déclencher le 12 août de cette année-là a mis un terme à la saison de rêve des Expos, les privant assurément d’un championnat et amorçant leur lente agonie qui se termina dix ans plus tard, lors de leur transfert vers Washington.

Mon cœur de fan des Expos s’en souviendra longtemps, mais mon cœur de fan des Nordiques se souvient aussi de ce que l’autre, Bettman, lui a fait au terme du premier lock-out de son règne, en 1994-1995.

Ce Bettman, que l’on voyait au départ comme le sauveur des petits marchés comme Québec, s’est vite montré sous son vrai jour, ne faisant rien pour empêcher leur exil qu’il souhaitait sans doute en secret. Le plafond salarial tant désiré par les proprios n’ayant pas été obtenu lors de cet arrêt de travail, le fan des Nordiques que j’étais ne se demandait plus si son équipe allait quitter mais plutôt quand elle allait le faire. La réponse à cette question ne se fit pas attendre bien longtemps : une semaine après avoir été éliminés en première ronde par les Rangers de New York, les Nordiques prenaient le chemin du Colorado où, la saison suivante, ils eurent l’effet d’une avalanche qui les a menés à la conquête de la Coupe Stanley à leur première année à Denver. Rien pour apaiser la douleur d’un partisan meurtri d’avoir perdu son équipe.

Quand le deuxième lock-out a frappé dix ans plus tard, j’animais à la radio de Kapuskasing en Ontario, une collectivité majoritairement francophone dans le nord d’une province pourtant largement anglophone. En plus d’y animer l’émission du matin, j’animais aussi une émission le mercredi soir où il était question de sports.

J’avais comme co-animateur le directeur de l’école secondaire catholique francophone locale, le regretté Yvon Guillotte, un être passionné de sports comme je n’aurai jamais la chance d’en rencontrer de mon vivant.

Cette rencontre allait s’avérer déterminante dans ma vie d’amateur de sports, puisque malgré le conflit de travail qui paralysa la LNH cette année-là, nous avons pu faire néanmoins une très bonne émission de sport avec beaucoup de contenu varié. On délaissait cette industrie méprisable pour des millions de raisons et nous nous occupions avec d’autres sports. Contrairement à 1994, le baseball n’était pas paralysé par un conflit, et malgré l’annonce récente du transfert des Expos vers Washington, les séries de championnat cette année-là ont été passionnantes. Grands vainqueurs de la Série Mondiale suite à un balayage en quatre rencontres sur les Cards de St.Louis, les Red Sox de Boston ont bien failli ne jamais atteindre ce but. Ils devaient vaincre un de leurs vieux démons : la malédiction du Bambino, une sorte de guigne qui s’est abattue sur l’équipe depuis qu’elle a vendu Babe Ruth à ses féroces concurrents les Yankees de New York, avec qui ils ont l’une des plus intenses rivalités connues de tout le sport professionnel. Cette guigne a fait en sorte que les Red Sox de Boston n’avaient pas gagné de Série Mondiale depuis 1918. Avant d’être vaincue, ce mauvais sort a bien failli se poursuivre pour les bostonnais, qui ont perdu les trois premiers matches de la finale de la Ligue Américaine de Baseball aux mains de ces fameux Yankees contre qui ils allaient réussir un exploit très rarement vu, celui de remporter les quatre dernières parties de la série quatre de sept pour se mériter le passage vers la Série Mondiale contre la meilleure équipe de la Ligue Nationale de Baseball.

Pas de hockey dans les jambes, moi et Yvon nous parlions de ces séries avec passion et à chaque occasion, je découvrais un homme pour qui le sport n’avait plus aucun secret, à un point tel que mon devoir d’animateur était de le mettre en valeur. Nous ne parlions pas que de baseball, mais aussi de football, de basketball et de toutes sortes de sports.

Lorsqu’il fut confirmé que la saison 2004-2005 était annulé, j’ai ouvert notre émission de sports en lisant l’avis de décès de la saison, question de rigoler un peu de la situation, même si mon patron de l’époque n’aimait pas que je fasse ce genre de farce.

Le 5 mars 2005, j’animai ma dernière émission à l’antenne de CKGN et Yvon est venu y faire un tour. Comme c’était le samedi et que c’était ma dernière émission, nous avons pris un petit moment pour discuter de sport en ondes pour une dernière fois avant que nos voies se séparent pour de bon. Le mardi suivant, je quittais Kapuskasing pour rentrer pour de bon au Québec, alors que quatre ans jour pour jour après cette dernière rencontre, Yvon Guillotte était foudroyé par un malaise cardiaque à l’âge de 52 ans seulement. Son départ tragique et soudain a provoqué une vive émotion qui m’ébranle encore trois ans après. Yvon était passionné de sports parce qu’il en a pratiqué toute sa vie, et rien ne laissait présumer qu’il pouvait connaître une fin telle qu’il l’a connue.

Ce nouveau conflit de travail dans la LNH va me faire penser à lui, simplement pour le fait qu’il m’a fait comprendre mieux que quiconque que le sport ne se limite pas qu’au hockey, et que d’autres sports peuvent nous émerveiller, et que pour que cet émerveillement se fasse, il n’est pas nécessaire qu’il soit pratiqué par des gens surpayés pour le pratiquer. Il m’a fait comprendre aussi que le sport peut nous émerveiller non seulement en le regardant, mais aussi en le pratiquant. Je me considère privilégié d’avoir vu sa route croiser la mienne et son souvenir continue de faire remonter en moi de bons moments.

Peut-être serons-nous privés de hockey pendant un certain temps, mais si on regardait juste dans notre quartier, peut-être y trouverons-nous quelque chose qui va pallier à cette absence. Nous regardant de là où il est, portant sans doute son éternel gilet des Flames de Calgary, Yvon Guillotte s’est probablement déjà trouvé d’autres sources de divertissement sportifs pour occuper son automne. À nous de faire pareil.

Salut et merci Yvon!!

En complément, voici l’intégrale du dernier moment sportif à la radio que nous avons passés ensemble.  Vous faire l’apologie d’Yvon Guillotte, c’est bien.  Mais vous le faire entendre vous parler de sport, c’est mieux.  Vous m’entendrez parler aussi, mais ça c’est un peu moins important.

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