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Le corps parle mieux que les mots

L’histoire se déroule il y a de ça un an aujourd’hui, le 25 juillet 2011. Jack Layton, chef du NPD et nouvellement chef de l’opposition officielle à Ottawa, convoque les médias pour une déclaration spéciale. Ce qui s’annonçait comme une banale conférence de presse comme les autres s’est vite transformé en démonstration évidente de la primauté du langage corporel sur le langage verbal.

Ce jour-là, Jack Layton aurait très bien pu parader quelques secondes devant les journalistes et s’en aller sans leur adresser le moindre mot et tout le monde aurait compris le message qu’il y avait derrière ce que son corps voulait communiquer.

Le 2 mai 2011, Jack Layton vivait son nirvana politique, avec l’élection de 103 députés de son parti dont 59 au Québec, performance qui donnait au NPD le mandat de diriger l’opposition officielle. Se déplaçant à l’aide d’une canne suite à une fracture du bassin, Layton n’a pas laissé sa condition l’empêcher de mener une campagne sans faille. Ses efforts ont porté fruit et ce soir-là, il flottait sur un nuage. C’était l’aboutissement ultime d’une carrière politique entreprise au niveau municipal, à Toronto, en 1982. Mais ce n’était qu’une brève réjouissance avant la chute fatale…

Jack Layton avait combattu avec succès un cancer de la prostate en 2010 et semblait s’en être tiré sans trop de séquelles. C’est du moins ce qu’on pensait jusqu’à ce matin-là de juillet 2011, alors que Layton annonçait que le cancer était revenu le hanter et qu’il suspendait ses activités politiques pour le combattre.

Le message que Jack Layton a lu était rempli de positivisme et d’espoir malgré la gravité de la nouvelle. Cependant, juste à lui voir le corps, on savait que ces belles paroles n’étaient peut-être que la dernière tentative de s’accrocher à la vie d’un homme qui se savait condamné mais qui préférait ne pas le dire.

Son corps était amaigri et le teint de sa peau était d’une couleur orange presque néo-démocrate. Son regard était vitreux, sa respiration se faisait difficilement et sa diction n’était pas aussi fluide que d’habitude. Il semblait avoir vieilli d’une trentaine d’années en quelques semaines à peine.

Personne n’osait lui dire en pleine face, mais on a vite vu qu’il était condamné, qu’il n’en avait plus pour très longtemps sur cette planète. Il le savait sans doute que nous nous en doutions. C’est probablement la raison pour laquelle la conférence de presse ne s’est limitée qu’à la lecture d’un texte sans qu’on puisse donner la chance aux journalistes de lui poser des questions.

Et si les journalistes avaient eu ce droit, quelles questions auraient-ils pu lui poser? Se seraient-ils sentis à l’aise de poser des questions délicates à un homme condamné?

On sous-estime pourtant l’importance du langage corporel dans une situation de communication, car malgré nos paroles et nos gestes, notre corps à lui seul peut confirmer leur sens ou encore détruire toute leur crédibilité. Que ce soit par une mimique, un ton de voix, un regard fuyant ou une diction hésitante, notre corps peut parfois en dire beaucoup plus long que ce que les mots que l’on veut utiliser veulent bien transmettre.

Ce 25 juillet 2011, je n’avais pas l’impression d’assister à un message de Jack Layton, j’avais plutôt l’impression que c’est le cancer qui montrait à travers l’état de M. Layton toute sa force, toute sa cruauté, toute sa puissance. Le cancer a montré aussi que malgré le positivisme de celui qu’il attaquait, c’est lui qui allait avoir le dernier mot.

Jack Layton a annoncé son retour pour la rentrée parlementaire prévue pour le 19 septembre suivant. Rien de tout ça ne s’est produit car il est mort le 22 août suivant, aux petites heures du matin, quatre semaines exactement après cette conférence de presse aussi triste que surréaliste.

Cet exemple-là est peut-être un peu extrémiste, mais il démontre hors de tout doute que notre corps peut nous faire mentir, malgré nos belles paroles. Même si le mensonge n’était pas son intention, Jack Layton a au moins le mérite d’avoir essayé de combattre le négatif par le positif malgré qu’il se doutait bien que cette fois-ci il avait bien peu de chances de gagner.

 

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