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Madonna à Kapuskasing

Madonna ne sait pas où est Kapuskasing. C’est probablement pas assez glamour pour elle, qui préfère mieux Londres ou Los Angeles. Vous ne la verrez donc jamais donner un spectacle dans cette ville du nord de l’Ontario. Au prix où sont les billets quand elle vient à Montréal, on ne peut que constater que le prix déjà astronomique de ce spectacle le serait encore davantage si ce cirque allait installer ses pénates au Centre de Loisirs de Kapuskasing.

D’avril 2004 à mars 2005, j’ai été un kapuskassois. J’ai vécu le quotidien de cette ville francophone perdue au beau milieu de la route 11, ce long ruban d’asphalte transcanadien qui déroule depuis Barrie vers le nord jusqu’à Cochrane pour ensuite divaguer à gauche pour rejoindre le lac Nipigon et Thunder Bay jusqu’à la frontière du Minnesota. Presque 2000 kilomètres de route et Kapuskasing est embrochée sur cette artère, la seule qui la relie au reste du monde et aux autres localités de sa région immédiate.

Quand je dis aux gens que j’ai fait de la radio en Ontario, ils pensent toute de suite à Toronto comme si l’Ontario ne se limitait qu’à cette ville, comme si le nord de cette province était une zone inhabitée et que le peu de gens qui y vivent sont des autochtones habitant dans des taudis aux noms imprononçables qui assurent à coup sûr la victoire au Scrabble.

Kapuskasing est au cœur d’une des régions parmi les plus francophones de la province. Quand j’y étais, on me disait que 85% des habitants de la ville et de sa région immédiate parlaient français, chose éminemment surprenante pour quelqu’un comme moi qui ne pensait jamais retrouver une majorité de francophones dans un secteur d’une province aussi anglophone.

Là-bas, il n’y a pas de loi 101 pour protéger la culture francophone de l’assimilation anglophone. Les franco-ontariens de plus en plus et plus que jamais luttent pour la survie de leur culture et ne peuvent compter que sur eux-mêmes pour y parvenir. C’est en fêtant la St-Jean parmi eux en 2004 que j’ai pu saisir pour eux l’importance réelle de cette fête dans ce combat de tous les jours.

Le festival de la St-Jean de Kapuskasing est l’un des plus gros festivals en Ontario francophone. Pendant une fin de semaine, les gens de la ville et de la région sont invités à une foule d’activités et de spectacles. Cette année-là, Éric Lapointe s’est produit en spectacle le premier soir et le lendemain Wilfred LeBouthillier s’occupait de fermer le festival. Deux soirées endiablées, deux spectacles marquants. Ce fut toute une expérience de voir cette foule en folie qui exprimait sa fierté, exhibant le drapeau franco-ontarien et ses couleurs blanches et vertes. Cette effervescence se voyait aussi dans les rues, alors que la grande majorité des résidences de Kapuskasing étaient décorées aux couleurs du drapeau franco-ontarien, composé d’une moitié verte et d’une autre blanche. La partie verte est ornée d’une fleur de lys blanche, alors que l’autre partie est décorée d’une trille verte, la trille étant l’emblème de l’Ontario.

Ces gens-là sont fiers et déterminés à faire survivre leur culture et à la faire apprécier. La St-Jean pour eux c’est une occasion de crier haut et fort leur appartenance à une culture francophone tout en rappelant que malgré des victoires – la plus importante étant celle obtenue pour le maintien de l’Hôpital Montfort d’Ottawa, le seul hôpital francophone de la province menacé de fermeture par le gouvernement de Mike Harris dans les années 1990 – la francophonie est encore quelque chose de fragile en Ontario et que le combat pour la protéger est quotidien.

Les franco-ontariens savent bien que cette protection ne se fait pas qu’en revendiquant et en défendant des droits, mais aussi en faisant l’expression de leur culture à travers l’art. Comme artisan de radio, j’ai contribué à ce combat en faisant de la radio francophone et en diffusant des chansons d’artistes franco-ontariens, même que l’une d’elles nous récompensait bien à sa manière à coup de tartes aux pommes – Salut Carole! – .

Si je vous en parle, c’est que c’était cette fin de semaine que les franco-ontariens fêtaient leur Saint-Jean. Si au moins on la fêtait comme eux, peut-être serions-nous plus conscients du danger qui guette notre langue. Peut-être serions-nous aussi plus conscients que notre laisser-aller est peut-être le plus grand danger qui la menace.

 

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2 réflexions au sujet de “Madonna à Kapuskasing”

  1. Salut Jean!

    Je suis tombée sur ton billet en faisant une petite recherche Google pour trouver du matériel qui parle de la St-Jean à Kap! Merci d’avoir écrit ce billet et de contribuer à faire connaître les Franco-ontariens et les gens du Nord dans ton milieu… le Festival de la St-Jean de la région de Kap a encore une fois été couronné de succès cette année!

    Merci!

    Elsa

    1. Votre commentaire m’a beaucoup touché!! Et je suis très heureux que ce festival remporte toujours autant de succès. Je pense que vous avez des leçons à nous donner, nous au Québec.

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